- Accueil
- A lire, voir, écouter…
- A propos du livre de Philippe d’Iribarne : L’étrangeté française (réunion du 15 juin 2006)
A propos du livre de Philippe d’Iribarne : L’étrangeté française (réunion du 15 juin 2006)
Quelques mots sur ce livre que je n’ai pas vraiment lu, mais que je vais sûrement reprendre avec délectation après avoir écouté Philippe d’Iribarne
D’abord ce titre : L’étrangeté française ? Quelle révolution ! Le français ne serait plus le porteur des valeurs universelles. Il pourrait être étrange au même titre qu’un persan, « Ah, ah, Monsieur est Persan ? c’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut on être Persan ? » qu’un japonais, ou qu’un papou ! ! !
C’est d’abord le titre qui m’a plu dans ce livre. Nous sommes étranges au même titre que chacun est étrange …..pour les autres
Le deuxième élément qui m’a fait résonner est cette référence à l’univers mythique que nous portons en nous. Héritiers de Descartes, du siècle des lumières, de la révolution française, nous ne portons donc pas la vérité, le poids du monde à nous tous seuls ? Les Anglais eux aussi croient à la liberté mais ils y croient à leur façon, nous y croyons à la nôtre Les Anglais paraît il, pour eux cela fait partie de la propriété, de leur propriété. Ils peuvent la négocier, la résilier, contractuellement, être embauchés, être licenciés, cela ne leur pose pas de problème Pour les Allemands c’est très différent la liberté se conçoit dans un cadre qui dépasse l’individu, une communauté dont on accepte les règles, qui nous fait hommes et non bêtes sauvages. Et pour les Français ? A travers Proust, comme à travers Sieyès, Philippe d’Iribarne nous fait découvrir l’univers français. Ferai-je un contresens si je dis que, pour lui, cette étrangeté française c’est cette passion de l’égalité associée à une vision hiérarchique du monde fondée sur « la grandeur, les sentiments nobles, l’honneur » ? Le Français serait il celui qui veut être noble sans vouloir aucun noble ?
C’est passionnant cette idée de même que pourrait l’être l’explication de son origine
Dans quel univers mythique, dans quel « Walhalla » Français, Anglais ou Allemands serions nous allés chercher ça ? Mais ce n’est pas là que va nous entraîner Philippe d’Iribarne. Il va plutôt nous parler du présent.
De la façon par exemple dont nous sommes tous terriblement attachés à nos statuts. Haute fonction publique bien sûr, et distinctions honorifiques, mais bien plus que cela, nous avons chacun un statut, fonctionnaire de la RATP, professeur des écoles ou secrétaire de direction dans une grande entreprise, et peut être même, pourquoi pas, RMIste ou chômeur estampillé. nous avons tous un statut, autrement nous ne sommes plus rien.. Tentative pour réconcilier la nécessaire hiérarchie et cette égalité dans la grandeur et dans la dignité : nous sommes tous porteurs d’un absolu. Il est représenté par notre statut. Sans lui, nous ne sommes plus rien. Que devient donc notre dignité ?
Et ce combat presque unanime contre le CPE. Alors, nous pourrions être congédiés sans raison ? Où serait alors notre dignité ? « On n’est pas à vendre » comme le dit un des chapitres du livre
Philippe d’Iribarne nous a emmenés ensuite dans différentes directions,
l’école avec malgré tous les discours cette différence qui persiste entre universités et grandes écoles, l’entreprise et la loi du marché, un moyen simple de séparer pour les anglo-saxons ce qui a le droit, ce qui n’a pas le droit d’exister, le fonctionnement politique : chacun est porteur d’un absolu, au service des idées qu’il défend. Il n’y a pas de compromis possible. Le suffrage nous départagera. ….
On reconnaît beaucoup de choses. Il est intéressant de les voir rassemblées, de les voir expliquées dans un tout cohérent
Une explication intéressante sur l’accueil des immigrés. Le communautarisme anglo-saxon n’est possible que parce qu’il y a une stricte indépendance entre la sphère politique et la sphère sociale. En France, le combat pour l’égalité se situe sur un terrain moins politique et plus social. Tous les citoyens sont égaux. On a combattu la noblesse. Ce n’est pas pour créer un ordre de citoyens à part. Tous doivent se comporter de la même façon, donc d’une certaine manière « s’assimiler ». Pensons à la loi sur le voile !
Mais je n’en dis pas plus. Il faut que vous lisiez ce livre.
Je conclus seulement en disant que j’ai eu peur un moment de trouver dans ce livre un plaidoyer pour un modernisme représenté par le monde anglo-saxon. J’ai été rassuré par la dernière phrase sur la quatrième de couverture.
Même si des réformes sont nécessaires, ce « modèle social français » très lointainement et très profondément enraciné, n’est pas sans atout, et il serait déraisonnable de le jeter sans plus aux orties de la mondialisation