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Comment les démarches, expressions et pratiques spirituelles de chacun peuvent-elles contribuer davantage au mieux vivre ensemble dans notre cadre laïc et républicain ?
Tel est le thème actuel sur lequel travaille Démocratie & Spiritualité. Ce thème pouvant intéresser d’autres acteurs de la société française (associations, personnes physiques etc.), nous le publions en page d’accueil pour nous présenter et envisager avec vous, si vous le souhaitez, d’éventuelles collaborations.
1 ETAT DES LIEUX
A l’évidence nos sociétés ne vont pas bien et nos démocraties sont en crise.
La mondialisation qui devrait être porteuse d’une civilisation universelle de progrès, où les diversités nationales ou régionales apporteraient chacune des qualités d’identité différentes prend des formes inquiétantes : conflit culturel, économique et politique, dérives extrémistes et menaces terroristes, limites écologiques etc.
Dans les pays riches, les inégalités s’accroissent, le chômage reste souvent à un niveau élevé, les exclusions se développent, le lien social se délite, des communautarismes se développent et le déficit de sens s’accroît. Le décalage est massif entre les désirs matériels, stimulés de toute part, et les moyens de les satisfaire qui croissent moins vite et créent, notamment auprès des jeunes, un état de frustration permanente, source de graves dangers.
Enfin, la technique donne à l’homme des moyens d’agir sur lui-même de manière inimaginable jusqu’ici et pose des questions éthiques d’une ampleur considérable et bien difficiles à dominer dans une situation d’individualisme, de relativisme et parfois de nihilisme.
Le grand défi du siècle qui commence est de définir et mettre en place un développement humain durable et équitable associant solidarité pratique, venant de ce que nous vivons tous sur la même planète, et solidarité éthique, venant de ce que tous les hommes sont égaux en dignité et en droits.
Pour ce faire, d’importants rééquilibrages s’imposent tant au niveau mondial que local ou individuel. On peut en mentionner quelques uns :
- Renoncer à une consommation sans fin pour parvenir à une plus grande frugalité en évitant les gaspillages
- Avoir un plus grand souci de préservation de la nature et des grands équilibres écologiques en recherchant des modes de vie moins consommateurs d’énergie
- Donner plus de place à l’échange, au don et au contre don, à la relation considérée comme une fin en soi, par rapport à la logique dominante de la puissance et de l’argent
- Rééquilibrer la place respective du travail et du capital qui s’est déformée à l’excès au profit du second
- Favoriser le développement des temps d’activité conviviaux par rapport aux temps productifs
- Favoriser une moindre tension entre technique et nature et encourager la recherche de modes de vie plus harmonieux, là où la technique privilégie, sans discernement, l’élévation du niveau de vie
- Reconstituer la juste relation entre l’individu, les corps intermédiaires et la collectivité
- Conjuguer l’utilisation des rapports de force et la proposition de projets cohérents dans les combats sociaux
Pour réaliser ces changements, il y a besoin d’une nouvelle donne permettant de mobiliser des énergies nouvelles. Les idéologies n’ont pas tenu leurs promesses et l’on voit bien les limites et dangers de l’idéologie libérale. Il faut mobiliser simultanément, complémentairement, des capacités de résistance, de régulation et d’utopie, là où ces cultures ont tendance à s’ignorer ou à s’opposer.
C’est dans cette perspective qu’a été rédigée en 1993, par des personnes venant d’horizons différents, La charte de Démocratie & Spiritualité. Elle propose une double révolution copernicienne :
Il s’agit tout d’abord de promouvoir une fécondation croisée entre l’exigence démocratique, prise en son sens le plus élevé, et l’exigence spirituelle, envisagée dans sa possibilité d’incarnation la plus concrète.
Ce pari repose sur l’idée que les démocraties, pour s’accomplir pleinement et obéir à leurs finalités les plus élevées ont besoin d’être porteuse d’une espérance que la ou les spiritualités, au sens le plus large du terme, peuvent contribuer à leur donner.
Cependant, pour que cette inspiration spirituelle puisse opérer, il faut que les religions et les spiritualités reconnaissent pleinement le fait démocratique, porteur, en outre, de spiritualité. Cela signifie se mettre au service des démocraties plutôt que de vouloir y exporter leur propre morale. Cela signifie aussi qu’elles reconnaissent qu’une culture et un climat démocratique contribuent à les préserver des tentations d’intolérance présentes en elles
Ceci implique aussi que les différentes spiritualités et les humanismes trouvent un langage commun et développent le dialogue inter ou intra religieux et explorent la grammaire commune qui les unit entre elles ainsi qu’avec les humanismes.
Si ces conditions sont réunies, les spiritualités et les humanismes peuvent apporter aux démocraties des ressources qui leur manquent plus aujourd’hui qu’hier. On peut citer :
- l’aide à la constitution de l’identité symbolique des personnes
- la valorisation d’un lien social n’obéissant pas au seul principe d’utilité et de rentabilité
- le souci des plus pauvres, des moins efficaces, des personnes en situation d’exclusion, des minorités
- la capacité à la modération des désirs, là où le système économique les active sans cesse, au-delà même des possibilités de les satisfaire, ce qui engendre un sentiment de frustration permanente
- le sens du temps et du long terme, là où prime l’instant présent un souci particulier de respect de la nature et la capacité à s’émerveiller devant la création
- une vision de la vie reposant sur un ensemble de droits et de devoirs à respecter ensemble, invitant à rendre au moins autant qu’il a été reçu
Il s’agit, en second lieu, de lier de manière plus étroite, bien que souple, la dimension individuelle et la dimension collective des problèmes à résoudre . Pour nous, transformation personnelle et transformation collective sont complémentaires et doivent être conduits simultanément. Les changements de comportement personnels ne suffisent pas à changer la société et ne sont pas nécessairement un préalable. Mais les changements collectifs qui ne s’appuient pas d’une manière ou d’une autre sur des changements individuels trouvent vite leurs limites. Changements individuels et changements collectifs interagissent pour parvenir à une justice sociale et participent à la transformation du monde.
Pour réaliser ces deux changements il nous paraît que nous devons nous attaquer en priorité à deux déficits éthiques qui minent notre société : D’une part le fossé qui sépare le monde des spiritualités, en plein bouillonnement, et le monde de l’action, emporté par un élan qu’il ne maîtrise plus, qu’il s’agisse de l’action politique ou de l’action productive.Ces deux mondes non seulement s’ignorent, mais se méprisent et ne peuvent plus rétroagir l’un sur l’autre. A cette séparation certains trouvent leur compte et même leur gratification, mais tous y perdent. D’autre part, la tendance à la dispersion des efforts de ceux qui veulent essayer de combler cet écart. Une énergie considérable est gâchée dans des structures trop petites qui reflètent l’individualisme contemporain qu’elles sont censées combattre. Le moment est venu de passer d’une situation de juxtaposition, parfois de concurrence, à une coopération en profondeur en dépassant les enjeux d’appareils ou de pouvoir.
Douze ans après la création de Démocratie et Spiritualité, alors que le diagnostic fait reste valable, mais que les solutions tardent, il nous est apparu nécessaire de faire le point et de proposer à des partenaires ayant entrepris des démarches voisines de se rencontrer pour envisager ensemble comment mieux s’organiser pour rendre le monde plus humain.
2 NOS CONVICTIONS ET NOS PRATIQUES
Notre association Plus de 300 membres et sympathisants, militants du « vivre ensemble » dans des partis, des associations ou des réseaux, engagés dans la lutte contre la précarité (SNC : Solidarités Nouvelle face au Chômage, SNL : Solidarités nouvelles pour le logement etc.) pour la citoyenneté (RECIT : Réseaux d’écoles de citoyens), pour une Coopération internationale d’échanges (inter réseaux de développement rural, coopération décentralisée) etc.,
Chrétiens mais aussi, moins nombreux, musulmans, juifs, bouddhistes, francs maçons ou sans étiquette précise réunis autour d’une Charte affirmant la nécessité « d’un double effort d’approfondissement de l’exigence démocratique et de renouvellement spirituel pour favoriser leur fécondation mutuelle »
Souhaitant disposer d’une instance commune de réflexion et d’action, ils ont créé ensemble depuis 1993 l’association D&S, pour approfondir les exigences de leur chemin intérieur en se confrontant avec d’autres et pour participer à l’élaboration d’analyses et de propositions pour notre société,
Ils se réunissent à l’occasion d’universités d’été, de week-ends, de conférences, débats ou réunions conviviales, de groupes de travail ou d’expression, de fraternités, de méditations interspirituelles. Ces activités mettent en avant l’expression de chacun, l’écoute, l’éthique du débat ; elles ont permis l’élaboration de réflexions et de propositions.
Par exemple, il y a un peu plus d’un an, D&S a remis à la Commission Stasi un texte, Réflexions et propositions pour la Commission indépendante chargée de réfléchir à l’application du principe de laïcité dans la République, dans lequel elle indiquait, sans nier aucun des problèmes posés par le voile islamique, qu’il lui semblait plus urgent de se préoccuper de l’intégration sociale et économique des jeunes issus de l’immigration non européenne, plutôt que de légiférer sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école.
L’ensemble des réflexions de Démocratie et Spiritualité se reflète dans une Lettre mensuelle et dans la publication annuelle des travaux de notre université d’été.
Une conception commune de la laïcité
La laïcité est aussi un « lieu d’itinéraires démocratiques et spirituels ». Chacun peut y faire l’épreuve personnelle de ce à quoi il croit. En limitant contre les tentations d’intolérance des religions, la laïcité contribue à développer leur vocation fondamentale d’éveil des hommes à la spiritualité et à l’engagement dans l’universel concret de la fraternité universelle. La quête spirituelle rejoint ainsi la construction de l’homme et le combat politique pour la citoyenneté.
Confrontés chacun à notre propre histoire, à notre sensibilité, à la façon dont nous traduisons chacun notre quête du sens, ce que nous avons appris dans notre culture et que certains d’entre nous appellent langue maternelle du sens, nous acceptons d’abord la diversité, source d’enrichissement pour chacun, pour notre association, pour notre société.
Et en reprenant des phrases dites ou citées à un moment, par l’un ou l’autre d’entre nous,
« Il faut retourner aux sources vivantes de la parole. Ce qui importe c’est que l’Evangile, source de vie et poème du monde soit, ici et là, à temps et à contre temps, vécu, offert, raconté parfois enseigné, mais jamais imposé par des témoins »
« La lumière qui jaillit du nom « Allah » lorsqu’on le mentionne avive la puissance de la flamme spirituelle qui a été déposée par Dieu en chaque âme, à sa venue à l’existence. Répéter constamment ce nom est un moyen sûr d’introduire en soi le souffle qui attisera le feu intérieur. »
« Le « souci de l’autre » comme le dénomme le rabbin Gilles Bernheim et le visage de l’Autre selon la conception d’Emmanuel Levinas sont au cœur de mes convictions et de mes actes »
« Je suis athée mais je n’aime pas parler avec les athées, je préfère discuter avec ceux, qui croient. Ils m’apportent un peu de la lumière que je cherche » (Lévi Strauss).
« Il existe un fonds commun à tous les êtres humains. Au delà des mots on peut voir se dessiner une sagesse universelle ou une philosophie éternelle »
Au delà des mots, ce qui importe, ce qui est en jeu c’est de permettre l’expression de chacun,
« L’homme est le lieu où la prière du monde prend conscience d’elle même »
Modestement, à travers l’écoute, ce que nous appelons l’éthique du débat, nous essayons de participer chacun et ensemble à cette prise de conscience.
Une volonté d’agir sur le monde
Guidés par nos histoires de militants nous souhaitons nous impliquer dans les problèmes actuels de la société compte tenu de l’analyse que nous en faisons,
« L’aspiration au spirituel et au politique est emportée par la vague d’individualisme, de permissivité, d’économie de marché d’exclusion sans parvenir à s’exprimer de manière positive. Un certain religieux a fait retour mais ce n’est pas celui que nous voulons. Comment alors s’impliquer collectivement ? Comment créer et résister utilement et simultanément au fondamentalisme à l’intégrisme, au sectarisme mais aussi au relativisme et au cynisme ? Quelles sont les conditions d’une fécondation mutuelle entre démocratie et spiritualité ? »
Certains d’entre nous sont plus marqués par leur besoin de cohérence intérieure. D’autres souhaitent plutôt s’impliquer collectivement. Mais les deux démarches sont complémentaires. L’une ne peut se faire sans l’autre,
« Et j’ai bien envie d’insister sur cette dimension de sentiment, de passion pour le monde et pour tous les êtres qui donne une joie intérieure profonde indéfectible et une foi en la vie qui transparaît au-delà de ce qui apparaît ».
3 DES PISTES POUR L’ACTION
Que devons nous changer en nous mêmes et dans la société pour que les expressions et pratiques spirituelles de chacun contribuent davantage au vivre ensemble ?
Tel est le thème sur lequel D&S compte réfléchir avec d’autres pour trouver des pistes d’action collective.
Cette démarche repose sur :
Un constat
Beaucoup d’actions dans notre société contribuent déjà à un mieux vivre ensemble. Ces actions diverses et variées, menées au niveau d’une ville ou d’un quartier, sont en fait des écoles de citoyenneté. Et le travail mené par exemple par RECIT (Réseaux d’écoles de citoyens) pour repérer et faire s’exprimer les initiatives existantes montre la richesse de ces initiatives.
Sur un plan plus général et dans un environnement qui prive trop souvent d’espérance nos concitoyens les plus fragiles, des acteurs continuent d’agir pour favoriser le maintien de solidarités de proximité, recréer du lien entre les générations, développer de la sociabilité et redonner à tous un sentiment d’appartenance à une même humanité.
Une hypothèse
Derrière ces actions apparaît très fortement le rôle de « militants », professionnels ou bénévoles, qui croient à ce qu’ils font, expriment ainsi leurs valeurs. Quelle que soit l’origine de leur motivations personnelles qui dépend de leur histoire, de leur culture, laïque, humaniste ou religieuse, elles représentent une quête de sens ; ce que l’on appellera une spiritualité. Ces lieux de militance favorisent-ils le dialogue multiculturel ou multispirituel (sans que ce dialogue soit forcément explicité. Il peut simplement être vécu dans l’action) ? Favorisent-ils la création et le développement de valeurs communes ? Enrichissent-ils la spiritualité de chacun ? Sont-ils porteurs de nouvelles formes de spiritualité, plus collectives ? Quelle place peut-on donner à ces différentes démarches d’inspiration éthiques et spirituelles dans la recherche d’une meilleure cohésion sociale ?
Une conviction
L’affirmation nécessaire de cette quête de sens individuelle et collective comme source d’enrichissement des personnes en même temps que d’approfondissement des valeurs communes d’une société démocratique est une nécessité.
Elle doit conduire à des dialogues entre tous ceux qui n’ont pas renoncé à la quête de l’espérance. Il s’agit de redonner de l’espérance à une société en perte de sens avec tous ceux qui ne peuvent se satisfaire de consommer et de se distraire et qui placent leur espérance dans une démarche de type spirituel et avec tous ceux qui devraient avoir toute leur place dans une société laïque qui prenne en compte tout homme et chaque homme dans toute sa liberté et puissent donner son sens à la fraternité. Affirmation au niveau local dans le cadre de lieux de militance mais aussi plus largement au niveau national ou européen dans tous les lieux ou le citoyen peut exprimer sa citoyenneté.
Tel est le sens de la démarche dans laquelle D&S souhaiterait s’engager avec d’autres pour inventer des formes d’expression appropriées.
4 UNIVERSITE D’ETE 2005
L’Université se déroulera du 25 au 28 août 2005, à Cluny ( Saône et Loire), à la Maison de l’Europe. Elle rassemble généralement entre 60 à 80 personnes, membres ou sympathisants de D&S et alterne groupes de discussion, réunions plénières, ateliers d’expression et moments de convivialité, méditation etc.
Cette année, l’Université sera centrée sur la question « Comment les démarches, expressions et pratiques spirituelles de chacun peuvent-elles favoriser les changements individuels et collectifs nécessaires au mieux vivre ensemble ? »
Première journée De l’inacceptable individuel à l’engagement. Qu’est-ce qui nous amène à réagir aux injustices sociales ?
Deuxième journée Des actions militantes porteuses de sens. Voit-on apparaître dans ces actions émergence de valeurs communes et quêtes de sens collectives ?
Troisième journée Quelles priorités et quoi faire ensemble ?
Le week-end « Silence et action » de Grenoble - 1er et 2 avril 2006
Impressions d’un des organisateurs
Je rappellerai d’abord un présupposé de ce rassemblement. Le silence (intérieur et collectif) est racine de l’action.
Joël propose un temps silencieux de mise en situation suivi d’une présentation où les vingt trois participants eurent pour consigne de parler avec le « Je » et d’essayer de ne pas dépasser deux minutes, le gong étant manié avec délicatesse et humour part le « gardien du temps ».
Je retiens des multiples activités une grande cohérence,que ce soit dans les ateliers en groupe qui ont vu émerger des mots-clé et des questionnements concordants repris dans le débat qui suivit, le soir, la présentation du livre « Villeneuve de Grenoble , Paroles d’habitants ».
Même cohérence dans les deux ateliers du Dimanche. Noël proposa de partir comme matériaux d’écriture des mots-clé recensés ; Elisabeth, pour l’atelier « silence avant le geste et l’action » nous fit contempler en silence pendant 10 minutes un bouquet de pousses de saule avant de laisser en 2 minutes calames et pigments entrer en action. Dans les deux cas on put ressentir la tension créatrice du silence, loin de l’image de refuge douillet qui est souvent assimilée au mot silence.
J’ai apprécié que le débat sur la Villeneuve (dont Gilles nous propose une lecture) ait été à plusieurs voix car cela évite le risque du discours monocorde. L’apport de Marcel et son épouse impliqués tous deux dans la Ville Nouvelle de Marnes la Vallée m’a paru riche. Le débat mit en évidence une tension créatrice forte entre nos pratiques militantes traditionnelles et l’émergence de nouvelles pratiques déroutantes liant parfois de jeunes associations sportives à un islam radical ! Mais ne touche t’on pas là du doigt une des thématiques incontournables du colloque de décembre 2006 ?
Villeneuve de Grenoble, une expérience à plusieurs voix
L’expérience de gens qui y ont habité. Danielle Thévenot, trente ans après, elle a mené une enquête auprès des habitants, Elisabeth Lamour , Paul Bron le directeur d’une « école de l’ouverture » C’était au temps de Dubedout, des Groupes d’action municipale, il y a trente ans une grande aventure, on voulait réinventer la ville en ces moments, donner un logement de qualité à chacun , mêler locataires et propriétaires, associer logements et équipements intégrés, créer une vie de quartier Confrontation entre élus, techniciens, professionnels, associations et futurs habitants. On avait 6000 demandeurs, on avait 15 ha, l’ancien aéroport de Grenoble et une équipe qui y croyait
Et on créa un parc superbe avec plans d’eau sur 13 hectares, les habitats regroupés dans des tours, Arlequin, Baladins , le quartier des Géants. Des criques et des falaises . « Ses circonvolutions font penser à une côte ventée » Un paquebot, « l’ambiance d’entreponts d’un navire » comme le dit ce superbe livre « Paroles d’habitants ».
Et on créa : un centre de santé intégré donnant de l’importance à la prévention et à l’éducation sanitaire, une école, terrain d’apprentissages et d’éducation communautaire avec un collège expérimental fusionnant les filières organisant le tutorat faisant participer les élèves à la vie et à la gestion de leur établissement favorisant une coéducation avec les parents et acteurs de la vie de quartier, l’Espace 600 lieu de rencontres , de réunions conviviales, de création associative, des emplois commerciaux de proximité, des commerçants maintenant souvent disparus au profit d’une grande surface, mais aussi une zone franche urbaine.
Un enthousiasme et une réussite semble t’il. Alors pourquoi maintenant ce sentiment un peu désabusé de la part de ceux qui nous relatent l’expérience. Il y a eu comme dans toute aventure humaine des difficultés des rapports pas toujours faciles entre professionnels , élus, éducation nationale, des raisons politiques aussi : après Dubedout il y eut Carignon, moins d’intérêt pour la Villeneuve. Il y a aussi les problèmes actuels d’emploi, de clivages et de ségrégation sociale. 90 % d’élèves du collège seraient actuellement des enfants d’immigrés. Comment serait conçu Villeneuve maintenant ?
Un sentiment de lassitude ou peut être d’inachevé ? Pourtant dans l’expression actuelle des habitants on retrouve des accents.
« Ce quartier a été tout d’abord l’exceptionnel terrain de jeu de mon enfance. Liberté est le mot qui s’impose à moi : la sensation de pouvoir grandir en liberté ».
« Je suis ici parce que j’y suis bien, que j’y ai beaucoup reçu ».
« De voir des gens continuer à y croire et y agir me fait chaud au cœur. Une question me reste : qu’est ce qui suscite autant d’impressions, d’expressions opposées sur la Villeneuve ».
Qu’en est il devenu de cette expérience ? Comment a-t-elle permis de progresser ? Comment a-t-elle réellement diffusé ?
Il s’agissait d’expérimentation, d’ innovation avec toute l’utopie que cela représente. Mais une expérimentation ce n’est pas fait pour durer, c’est fait pour expérimenter des méthodes rechercher les invariants et ensuite pour ce qui est bon de les traduire pour qu’elles soient mises en œuvre dans des institutions. Dans quelle mesure l’expérience de la Villeneuve a-t-elle favorisé au moment où elle a été lancée le mieux vivre ensemble, dans quelle mesure le permet elle actuellement ? Dans quelle mesure a-t-elle permis une évolution des institutions. Ce sont des questions que l’on peut, que l’on doit se poser en tant que militants, animateurs de quartier.
Mais plus encore peut être la question qu’il faut se poser est :
Ne fallait il pas pour que se crée Villeneuve cet enthousiasme collectif, cette construction ensemble d’une ville, cette construction collective du sens.
A cette époque la création d’une ville et maintenant ? Par quels processus faut il passer ?
Quelle est la leçon de Villeneuve pour l’avenir ?
Réflexions et propositions pour la Commission indépendante chargée de réfléchir à l’application du principe de laïcité dans la République
Démocratie et Spiritualité est une association crée en 1993 qui réunit des personnes de sensibilités diverses, pas nécessairement croyantes, mais engagées dans différents champs de la vie sociale, pour réfléchir, en commun, aux relations entre démocratie et spiritualité dans la France d’aujourd’hui.
La Charte ci-jointe qui unit ses membres repose sur la conviction que, d’une part, les démocraties ont besoin d’une dimension éthique et spirituelle pour mener à bien leur promesse d’égale dignité de chacun, et que, d’autre part, les spiritualités et religions ont un besoin de régulation démocratique pour pacifier leur face obscure potentiellement violente. Comment donc faire en sorte que les relations entre « démocratie » et « spiritualité » soient fécondes ?
Ces dernières années l’association s’est successivement intéressée à l’éthique de la discussion, à la non violence, à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (elle a proposé d’instituer un droit pour chacun d’accéder au « patrimoine symbolique de l’humanité cf. Document joint ), aux rapports entre religion et société en Europe, aux questions posées par l’émergence d’une société multiculturelle dans notre pays et, enfin, à la problématique de la diversité au regard de la nécessité de construire un horizon commun
Démocratie et spiritualité est fermement attachée au principe de laïcité, garant de la liberté absolue de conscience de chacun et de la séparation des églises et de l’Etat, mais considère légitime de s’interroger aujourd’hui sur ses modalités d’application compte tenu des mutations profondes que connaît actuellement notre société.
S’efforçant elle-même de mettre en œuvre une méthode de réflexion et de dialogue basée sur le principe de l’éthique de la discussion l’association approuve la démarche de création d’une commission indépendante qui a été retenue par le Président de la République pour mener ce débat. Elle considère que sur des sujets aussi difficiles où la conciliation des différents droits et devoirs ne va pas de soi et où il n’y pas de solutions simples disponibles d’emblée, il est indispensable d’ouvrir des espaces de discussion et de dialogue, où, avant toute décision précipitée, chacun peut être entendu avec le temps nécessaire, où les raisons des désaccords peuvent être approfondies, et où des finalités communes peuvent être trouvées, hors malentendus ou procès d’intention. Elle réfléchit d’ailleurs dans cet esprit à la création d’un observatoire de l’éthique de la discussion. Il est en tous cas essentiel, sur un dossier aussi sensible, de faire prévaloir l’esprit de l’éthique de responsabilité sur la passion de l’éthique de conviction qui caractérise trop souvent, dans notre pays, les débats sur la laïcité.
Pour l’ensemble de ces raisons, l’association a souhaité faire connaître à la commission indépendante ses propres analyses et propositions en rappelant, en préalable, que si le principe de laïcité a été mis en œuvre, à l’origine, pour réduire l’influence de l’église catholique sur la société, il est devenu, aujourd’hui, une valeur de paix civile acceptée par tous qui doit donc, à tout prix, être préservée.
1) Motifs pour lesquels il est devenu nécessaire d’approfondir la conception française de la laïcité
Quatre raisons peuvent être mises en avant :
a) En tout premier lieu il faut être attentif aux causes, quelque peu inattendues au regard de cette histoire contemporaine, qui ont conduit la société française à devoir s’interroger sur les modalités d’application d’un principe de laïcité devenu largement consensuel. Même si elles ne sont pas toujours reconnues par des pouvoirs publics embarrassés, ces causes se rapportent bien, pour l’opinion publique, aux comportements et attitudes, notamment dans l’espace scolaire, de certains de nos jeunes compatriotes issus de l’immigration qui souhaitent afficher, d’une façon jugée ostentatoire, leur appartenance à l’islam et pouvoir appliquer, dans leur vie quotidienne, un certain nombre d’obligations qui peuvent heurter notre sensibilité.
En conséquence une réflexion responsable sur l’application du principe de laïcité ne peut pas, présentement, être dissociée d’une réflexion plus globale sur la question de l’intégration, dans notre société, des jeunes issus des immigrations maghrébines, africaines, et turques.
Cela d’autant plus qu’à partir de l’expérience de certains de ses membres, l’association ne peut que partager les interrogations et les craintes, de plus en plus fréquemment formulées, sur l’épuisement de ce que, par commodité, et par nostalgie, on continue d’appeler notre modèle républicain d’intégration. Les violences urbaines, les incivilités, l’agressivité à l’égard des femmes, etc., confortent ces questionnements et incitent à établir un lien entre cette crise de l’intégration et la montée des affirmations identitaires musulmanes à laquelle on assiste actuellement.
Ce n’est donc qu’à la condition de prendre en compte cette crise de l’intégration, dont il est devenu urgent de mieux cerner les contours, que des propositions utiles pourront être faites par la Commission.
b) Bien entendu, dans le climat de pacification des relations entre l’Etat et l’Eglise catholique qui s’est développé ces dernières années (apaisement des conflits autour de l’enseignement privé, déductibilité fiscale des dons aux églises, etc.), d’autres raisons, plus générales, plaident aussi en faveur de l’ouverture d’un débat sur les conditions de fonctionnement de la laïcité dans notre pays.
Ainsi, la question est désormais posée de reconnaître, au bénéfice de tous, une capacité des religions et spiritualités à contribuer, dans un cadre laïc, à la formation de la personne et à la constitution de son identité car les conditions de la construction de soi ont changé. Le milieu social et familial, le système symbolique et culturel dans lequel on est éduqué, jouant aujourd’hui un moindre rôle que par le passé, la personne doit davantage se construire avec ce qu’elle trouve sur son chemin. Elle est ainsi plus libre, mais plus fragile et moins soutenue, car elle ne bénéficie plus, automatiquement, de la transmission du patrimoine culturel et symbolique que l’humanité a peu à peu constitué pour répondre aux grandes questions de l’existence. Cette situation expose les jeunes aux dérives intégristes ou sectaires. On ne peut donc plus abandonner la transmission des valeurs et la formulation des questions essentielles au jeu aveugle du marché et au hasard des rencontres. Un enseignement laïc du fait religieux et des grandes interrogations scientifiques doit donc être organisé, comme on a commencé à le faire à juste titre. Cet enseignement est complémentaire et non concurrent de celui des « humanités (littérature, histoire, philosophie) » et des données et interrogations des sciences fondamentales, cognitives ou sociales. Tous ces apports sont nécessaires aujourd’hui à la formation du sujet.
Cette reconnaissance souhaitable de l’importance du fait religieux et des services que rendent les religions peut en outre contribuer à éviter que, dans une démocratie moderne comme la nôtre, pluraliste et multiculturelle, se multiplient des signes extérieurs ostentatoires et provocateurs risquant de mettre en difficulté notre cohésion sociale. Une foi profonde et sincère peut et, même doit, en effet s’exprimer autant par l’intériorité que par l’extériorité.
c) Notre engagement et notre ambition en faveur de l’Europe doivent nous conduire à nous interroger sur la singularité de notre positionnement à l’égard de la laïcité. On notera, cependant, que si la plus grande diversité prévaut dans les différents pays de l’Union Européenne, tous connaissent une remise en cause rapide des traditions et un mouvement irrésistible de sécularisation qui les rapproche de la situation française. Une actualisation du compromis laïque français pourrait donc, à la fois, nous aider à mieux résoudre nos problèmes et, peut être, contribuer à inspirer nos voisins européens confrontés aux même difficultés. La question vaut d’être posée. Cela est d’autant plus vrai qu’une intégration réussie de l’islam en France et en Europe, dans un cadre laïque et démocratique, exercerait un effet attractif à l’égard de l’islam lui-même, en fournissant des arguments à ceux qui, en son sein, s’opposent au fondamentalisme.
d) Enfin, le processus de mondialisation et de mise en communication généralisée de la planète, par le processus de métissage culturel et spirituel qu’il provoquera nécessairement, ne peut manquer d’affecter d’une façon ou d’une autre notre conception de la laïcité. Le choc des altérités peut être une source de richesse aussi bien que de régression. Construire des identités ouvertes, capables d’échanger et de communiquer les unes avec les autres pour s’enrichir mutuellement sans se fondre, sera le grand défi du 21e siècle. Cela est incompatible avec toute forme d’intégrisme, religieux ou laïque, comme avec toute forme de communautarisme.
2) HONORER LA CONCEPTION FRANÇAISE DE LA LAÏCITE, C’EST D’ABORD REUSSIR L’INTEGRATION SOCIALE ET RESORBER LE CHOMAGE ET L’EXCLUSION
Sur l’intégration, question qui n’est pas formellement à l’ordre du jour de la Commission mais sur laquelle celle ci ne pourra en aucun cas faire l’impasse, Démocratie et spiritualité souhaite faire les propositions suivantes regroupées autour de six points :
1 - Modifier l’article 31 de la loi N° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés de façon à autoriser, dans des conditions limitatives à définir scrupuleusement, la prise en compte de données, ethniques, religieuses ou culturelles nécessaires à la réalisation d’études pertinentes sur les descendants de migrants de la seconde et de la troisième génération.
Les arguments régulièrement développés pour refuser une telle perspective, au nom des valeurs fondamentales de la République, ne sont plus aujourd’hui recevables. Le refus de la connaissance, au nom des grands principes, n’est plus acceptable quand ces mêmes principes se meurent dans les quartiers en difficulté. Il y a donc une cécité à laquelle il faut savoir renoncer si l’on veut mettre en œuvre des politiques d’intégration plus efficaces. Tous les pays européens procèdent ainsi.
2 - Créer un observatoire de l’intégration, comme l’a proposé le Haut Conseil à l’intégration dans son rapport de 2001 sur les parcours d’intégration, sur le modèle de l’observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Cet observatoire serait notamment chargé de recueillir, aux moyens d’enquêtes et d’études statistiques permanentes, des données objectives sur l’insertion sociale et professionnelle des français d’origine étrangère. Ces dernières années de nombreux observatoires ayant été créés sur des sujets infiniment moins importants on comprendrait mal que le sujet de l’intégration continue à rester en déshérence sur ce plan.
3 - Reconnaître le fait communautaire en cessant de continuer à affirmer, de façon incantatoire, que la République ne doit être composée que de citoyens vierges de toute autre appartenance, notamment communautaire. Dans une société laïque et démocratique il ne peut pas y avoir d’incompatibilité de principe entre une appartenance citoyenne et une appartenance communautaire sous réserve, bien entendu, que les communautés en cause soient ouvertes sur l’universel et n’enferment pas les individus dans le moule de leurs origines ou dans le cocon protecteur de leur vision unilatérale du monde. Au contraire des appartenances multiples sont source d’enrichissement personnel.
Une prise en compte intelligente des réalités communautaires des populations issues de l’immigration, pourrait être un rempart efficace contre certaines formes de communautarisme dont notre société est effectivement menacée dans les quartiers en difficulté.
Dans ces conditions, il ne s’agirait nullement, pour les pouvoirs publics, de reconnaître à ces communautés des droits particuliers mais, seulement, de construire des partenariats ponctuels avec certaines de leurs associations agissant pour l’intégration de ces groupes dans notre société.
Enfin il serait souhaitable et équitable que les responsables politiques qui rejettent le communautarisme dans leurs discours, mais qui ne manquent pas de se rendre au dîner annuel de telle communauté, fassent preuve d’une plus grande équité dans les invitations qu’ils honorent de leur présence.
4 - Ouvrir une réflexion sans tabou sur les questions de mixité sociale et de mixité ethnique. Aujourd’hui, le principe de mixité sociale est affiché comme un objectif important de nombreuses politiques publiques alors qu’il n’est défini nul part et que personne n’ose dire qu’il recouvre, à l’évidence, un objectif de mixité ethnique.
A cet égard trois chantiers prioritaires devraient être ouverts :
- Le premier au niveau de l’habitat ou il conviendrait, de façon officielle, de pouvoir prendre en compte l’origine ethnique et culturelle des demandeurs de logement HLM de façon à concevoir des répartitions plus harmonieuses de population afin d’éviter la création de cités repliées sur elles-mêmes. Ce serait certainement mieux que de le faire clandestinement, sans contrôle démocratique, et avec tous les risques de dérapage, comme cela semble se faire actuellement de façon assez habituelle.
- Le second au niveau de l’emploi, domaine dans lequel la République ne peut plus, sans danger, continuer à mal tenir ses promesses d’égalité à l’égard de ses minorités. Dans ce secteur une lutte plus efficace contre les discriminations ne peut passer que par une politique volontariste. A défaut d’une politique de quotas, qui sera peut être demain nécessaire si rien ne bouge, une politique de viviers à la Québécoise serait utile. L’accord passé entre SOS Racisme et des entreprises regroupées autour du groupe AXA va dans ce sens. Naturellement, l’Etat devrait s’interroger de son côté sur les mesures à prendre au niveau de la fonction publique qui devrait être exemplaire dans ce domaine. Ces évolutions sont indissociables d’une véritable mobilisation collective de la société française sur la question de l’emploi en général, et de l’emploi des jeunes en particulier. Le chômage génère la crispation identitaire aussi sûrement que le déni de droits engendre la violence. Accepter le chômage au sein de la laïcité, c’est à coup sûr la miner.
- Le troisième au niveau de la vie sociale et de la représentation politique, domaines dans lesquels il n’est plus tolérable d’avoir des responsables et des élus monocolores de peau alors que la société est de plus en plus multicolore. Là aussi des démarches volontaristes sont nécessaires qui concernent les partis politiques mais aussi les médias, les associations, et bien d’autres organisations.
5 - Accepter pleinement le fait musulman comme facteur d’intégration car, pour de nombreux jeunes de banlieue, l’affirmation d’une appartenance à l’islam, y compris sous ses formes les plus ostentatoires, est, aujourd’hui, un moyen pour retrouver l’estime de soi à l’issue d’une quête identitaire souvent douloureuse. Ce signe manifeste d’une volonté d’intégration dans notre société, aussi dérangeant soit il, doit absolument être pris en compte si nous ne voulons pas voir les quartiers difficiles sombrer encore plus dans le chaos.
Dans une société marquée par le doute et l’indifférence, le spirituel et le religieux peuvent contribuer à l’équilibre psychologique des individus et faciliter leur bonne intégration dans la société.
Dans le passé des mouvements de jeunesse chrétienne ont joué ce rôle. Il n’y a aucune raison que d’autres ne jouent ce rôle.
En conséquence il est indispensable que les pouvoirs publics et les différents acteurs au contact de ces jeunes, notamment les enseignants et les travailleurs sociaux, prennent conscience de cette dimension du fait musulman tel qu’il s’exprime aujourd’hui dans notre pays. Des actions de formation devraient être développées dans ce domaine.
6 - D’une façon plus générale l’enjeu est de démocratiser la République avec un objectif : intégrer mieux plutôt qu’assimiler mal
Les aspirations à l’égalité et les aspirations à la différence qui s’expriment souvent, conjointement, chez de nombreux français issus de l’immigration ne doivent plus être perçues comme contradictoires alors quelles sont souvent complémentaires. On peut parfaitement concilier un attachement à ses origines avec un sentiment profond d’appartenance à la nation.
A l’heure de la mondialisation et de la construction européenne la France devrait renoncer plus clairement à une certaine conception unilatérale de l’intégration, héritée d’une longue tradition d’assimilation et trop souvent confondue avec elle, dont on voit bien quelle fait de moins en moins sens aujourd’hui. Intégrer les différences, c’est s’élargir et s’enrichir, là où assimiler en nivelant, c’est se restreindre et s’appauvrir.
Dans les quartiers en difficulté, rongés par le chômage, des liens communautaires se sont substitués, depuis longtemps, aux assises culturelles et politiques défaillantes de la classe ouvrière pour maintenir un minimum de solidarité au sein des populations issues de l’immigration vis à vis desquelles la République peine à tenir ses promesses d’émancipation.
Le concept d’intégration devrait donc s’inscrire plus clairement dans une démarche de réciprocité, c’est à dire dans un processus de reconnaissance et d’acceptation mutuelle. L’idée de « contrat d’intégration »retenue par le Gouvernement pour les primo arrivants, sous réserve de prendre en compte cette dimension symbolique, devrait favoriser cette évolution indispensable.
Il ne s’agit pas ici de revenir à certaines errances du début des années 80 qui tendaient à exalter les différences. Mais force est de constater que le « républicanisme » qui s’est développé dans les esprits, après la première crise du foulard de 1989, a eu des effets pervers, dans les banlieues, que l’on peut constater aujourd’hui : Un universalisme abstrait, indifférent ou hostile à l’expression des particularités, y a généré, en retour, des formes de communautarisme relativement inquiétantes.
Une République pleinement démocratique ne devrait plus lier aussi étroitement le droit légitime à l’indifférence auquel aspirent majoritairement les jeunes générations issues de l’immigration avec une obligation d’inexistence dans la vie sociale.
Par ailleurs, avant de développer ses propositions concernant l’application du principe de laïcité, et afin que celles ci ne donnent pas lieu à des interprétations erronées, Démocratie et spiritualité souhaiterait affirmer quatre points importants :
1 - De même que les concerts antiracistes d’hier n’ont pu tenir lieu de politique d’intégration, d’éventuelles facilités accordées demain à l’islam ne suffiront pas à régler les problèmes des quartiers sensibles. Aucune ambiguïté ne doit être entretenue à ce sujet. L’islam peut contribuer à l’intégration mais il ne peut, et il ne doit pas, tenir lieu de politique de l’emploi, de l’éducation, du logement etc., dans les zones urbaines en difficulté.
2 - Le principe de laïcité constitue un progrès de civilisation relevant des droits de l’homme qui n’est pas négociable. Toutefois la réaffirmation rigoureuse de ce principe n’est pas incompatible avec une application souple et intelligente quand on est animé par le souci d’éthique de responsabilité. Dans cette perspective une tolérance temporaire, limitée, locale à l’égard du voile dit islamique lui porte moins atteinte qu’une certaine impuissance à empêcher les mariages forcés ou à contrarier la montée de nouvelles formes d’antisémitisme.
3 - Les musulmans de France ne doivent pas faire l’économie d’un débat sur les questions qui fâchent relatives à l’islam : statut de la femme, apostasie, fanatisme, etc. La société française doit les y aider et Démocratie et spiritualité ne peut que se féliciter que la mise en place d’un Conseil Français du Culte Musulman ait contribué à ouvrir ces discussions internes. La même question se pose d’ailleurs aussi pour les autres religions même si elle est aujourd’hui moins actuelle.
4 - Les demandes présentées par certains musulmans de France au nom de leur religion doivent être examinées avec pragmatisme mais sans naïveté. Même si elles doivent être acceptées afin de faciliter le vivre ensemble elles doivent continuer à être livrées au libre jeu du débat et de la critique qui fondent le fonctionnement d’une société démocratique.
En ce qui concerne, maintenant, plus spécifiquement l’application du principe de laïcité, Démocratie et spiritualité, a regroupé ses analyses et propositions autour de trois points : les questions cultuelles et les obligations qui les accompagnent, l’école, la vie sociale.
3) - LES QUESTIONS CULTUELLES ET LES OBLIGATIONS QUI LES ACCOMPAGNENT : RECHERCHER DE NOUVEAUX EQUILIBRES
Sur les questions cultuelles force est de constater que, du fait de son arrivée tardive sur notre territoire, l’islam se trouve pénalisé par l’application des dispositions prévues par la loi de 1905 et les textes qui ont suivi relatifs aux lieux de culte (financement par les collectivités publiques, qui en sont propriétaires, de l’entretien des édifices construits avant 1905 et utilisés par l’Eglise catholique ).C’est pour cette raison que certains élus de communes à forte population musulmane se sont interrogés sur l’opportunité d’une révision de cette loi de façon à ce que l’islam soit traité de façon équitable par rapport aux autres religions et puisse disposer de lieux de culte sans être obligé de faire appel à des financements étrangers.
Toutefois un consensus assez large, musulmans compris, existe dans notre pays pour ne pas demander une révision de cette loi malgré le caractère pour le moins baroque de certaines de ses dispositions. Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur les principes fondateurs de ce grand texte républicain mais d’appeler l’attention sur deux points particuliers : d’une part le maintien en Alsace Lorraine d’un régime concordataire passablement archaïque remontant au Premier empire qui, de ce fait, exclut l’islam ;d’autre part la distinction établie entres les lieux de cultes, en fonction de leur date de construction, sur le reste du territoire qui ne tient pas compte des considérables évolutions démographiques qui se sont produites depuis lors.
Démocratie et spiritualité ne souhaite pas, par esprit de responsabilité, brandir l’étendard de la révision mais propose, qu’à l’occasion de la célébration du centième anniversaire de ce texte, on ne se contente pas de glorifier, à juste titre, un moment fort de notre histoire sans s’interroger, dans le même temps, sur l’intérêt que pourrait présenter l’actualisation d’une loi dont les principes fondamentaux n’ont pas, encore une fois, à être remis en cause.
L’association voudrait aussi appeler l’attention sur le fait que, suivant une pratique française assez courante, la proclamation répétée des grands principes de séparation des églises et de l’Etat s’est accompagnée de diverses pratiques, à la limite de la légalité, visant, explicitement, à les contourner. Ainsi, pour aider un islam qui ne devrait pas l’être, on a créé des salles de prière dans des équipements collectifs et des collectivités locales ont financé des espaces culturels abritant des lieux cultuels.
Ces pratiques, sans doute utiles, de contournement des textes en vigueur, ne plaident-elles pas en faveur d’une actualisation de la loi de 1905 ? En effet ne serait il pas souhaitable que les collectivités publiques puissent participer directement au financement de nouveaux lieux de culte comme elles peuvent le faire pour d’autres équipements collectifs ? Une église catholique, un temple protestant, une synagogue juive, une mosquée musulmane, un temple bouddhiste, concourent au maintien du lien social et répondent à des besoins réels exprimés par une partie de nos concitoyens, notamment ceux, nombreux, qui vivent dans les zones qui ont été urbanisées depuis le début du siècle. Pourquoi, en raison d’un conflit ancien entre la République et une Eglise catholique alors dominante, maintenir aujourd’hui un ostracisme durable à l’égard d’une possibilité de financement public de nouveaux édifices religieux dont l’utilité sociale n’est pas moindre que celle d’équipements sociaux, sportifs ou culturels qui ne s’adressent, eux aussi, qu’à une partie de la population ?
En ce qui concerne plus spécifiquement l’islam des difficultés réelles existent, liées à l’application de certaines obligations résultant d’une pratique rigoureuse de cette religion, pour la résolution desquelles une approche pragmatique pourrait être retenue suivant s’il y a conflit important de normes, ou non, avec nos valeurs fondamentales. Dans ce dernier cas un compromis pourrait être recherché afin de parvenir à ce que les québécois appellent des accommodements raisonnables alors que, dans le premier cas, les règles résultants de nos valeurs fondamentales devraient s’appliquer sans aucune dérogation.
Ainsi les questions relevant du foulard, des interdits et obligations alimentaires, des fêtes religieuses, des rituels funéraires et des cimetières, devraient pouvoir se traiter par la voie du compromis et des accommodements tandis que celles relevant des droits et libertés des personnes, notamment celles liées au statut des femmes, devraient rester à l’écart de toute tentation de déroger aux lois de la République.
En matière de jours fériés, la question d’une redistribution se pose. On peut imaginer soit d’attribuer un jour férié aux deux autres grandes religions présentes en France, soit d’instituer une fête de la fraternité qui permettrait aux différents groupes vivant dans notre pays d’exprimer, sous des formes variées, leur attachement au vivre ensemble à travers une meilleure connaissance réciproque. Il est à cet égard regrettable que la suppression d’un jour férié ait été décidée afin de trouver des financements pour l’aide aux personnes âgées sans que cette question plus générale ait été évoquée.
D’une façon plus générale, nous avons le devoir de préserver et d’enrichir un héritage démocratique, qui est le fruit des combats menés par les générations qui nous ont précédées, mais en étant attentif et accueillant aux préoccupations des générations nouvelles.
4) - L’ECOLE : NE PAS CEDER A LA TENTATION LEGISLATIVE
Nous le savons, notre société connaît aujourd’hui une double crise qui affecte directement les jeunes générations : une crise de la famille qui peine à assurer la transmission des valeurs et une crise de l’école publique qui, ne parvenant pas à assurer l’égalité des chances, reproduit des inégalités qui tendent à s’accroître. Dans ce contexte, beaucoup de jeunes apparaissent en manque ou en recherche de repères et nombreux sont ceux qui connaissent d’importantes difficultés d’insertion professionnelle face à un chômage qui les frappe plus durement que les adultes avec une couverture sociale moindre.
Par ailleurs, au-delà de cette observation générale qui n’a pas à être développée plus longuement ici, on est aussi obligé de constater que, depuis un certain nombre d’années, l’école publique est devenue le lieu de beaucoup de tensions, notamment dans les zones dites sensibles où résident, de façon importante, des populations en grande difficulté sociale dont une large partie est issue de l’immigration
En conséquence l’école de la République connaît aujourd’hui, dans beaucoup d’établissements, des phénomènes de ségrégation, sociale et ethnique, qui amplifient ceux observables dans les villes et les quartiers. On peut ainsi fréquemment observer, dans les villes à forte population d’origine étrangère, d’une part, des écoles, ou des classes, surtout constituées d’enfants issus de familles bien intégrées dans la société, et d’autre part, des écoles, ou des classes, majoritairement constituées d’enfants issus de familles défavorisées et de l’immigration. De plus, les diverses autorités locales concernées, quand elles n’organisent pas elles même cette ségrégation, ne cherchent pas à la contrarier, car elle leur apparaît, peut êtreàjustetitre,comme un moindre mal pour tenter de préserver un minimum de mixité sociale dans les quartiers difficiles.
Démocratie et spiritualité considère donc que la question de la laïcité à l’école, ne peut pas être examinée, aujourd’hui, sans s’interroger, dans le même temps, et de façon spécifique, sur la capacité de notre appareil scolaire à offrir aux jeunes des quartiers défavorisés, quelles que soient leurs origines, de réelles chances de réussite. En effet le niveau actuel de violence dans certains établissements, les phénomènes de désaffiliation scolaire, les entrées précoces dans la délinquance, apparaissent comme des signes de déstabilisation de notre société infiniment plus inquiétants que le foulard islamique qui polarise trop facilement l’attention.
Dans une démocratie qui devient de plus en plus pluri- ethnique et pluri-culturelle, l’école, outre ces missions traditionnelles de transmission des savoirs, doit être un lieu privilégié d’apprentissage des règles nécessaires au vivre ensemble à partir, notamment, d’une reconnaissance raisonnable des différences d’origine ethniques et culturelles. En conséquence, afin de lutter contre l’échec scolaire et les phénomènes de désocialisation qui menacent gravement l’avenir de nombreux jeunes issus de l’immigration, Démocratie et spiritualité souhaite vivement que l’école puisse s’adapter, dans ses programmes, dans sa pédagogie et dans ses modes d’organisation et règles de fonctionnement aux caractéristiques des publics accueillis.
Dans cette perspective il serait souhaitable de promouvoir, au sein de l’enseignement public, des expérimentations hardies et sans tabous en ayant, par exemple, une approche moins dogmatique des questions de mixité, en faisant preuve d’ouverture vis à vis de certaines demandes liées à l’islam, en organisant un enseignement de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, de l’immigration, du développement etc. De ce point de vue il serait d’ailleurs utile de tirer profit de l’expérience acquise par certains établissements catholiques qui accueillent, avec succès, un nombre grandissant d’élèves, notamment musulmans, originaires des quartiers difficiles.
Sur la question plus spécifique de la laïcité à l’école, Démocratie et spiritualité estime indispensable, à l’heure de la mondialisation, d’en avoir une application ouverte et plurielle plutôt qu’une conception frileuse et rétrograde. La France d’aujourd’hui doit continuer à s’enrichir d’une laïcité ouverte à des apports nouveaux, culturels et spirituels, et ne pas s’enfermer dans une laïcité de fermeture et d’ignorance héritée d’un armistice ancien avec l’Eglise catholique.
Sans méconnaître, ni vouloir minimiser, la symbolique attachée au voile islamique en terme d’oppression de la femme, pas plus que les diverses manipulations développées par des groupes fondamentalistes, Démocratie et spiritualité ne souhaite pas qu’un texte législatif vienne interdire le port du foulard à l’école, par le biais d’une interdiction générale des signes religieux ostentatoires, car ce serait, alors, prendre le risque de renforcer un sentiment de victimisation déjà très présent chez les jeunes d’origine maghrébine. Faire preuve de compréhension, à l’égard des jeunes filles qui arborent ce signe religieux controversé, apparaît être aujourd’hui la moins mauvaise des solutions dans une société qui est, par ailleurs, envahie, dans le domaine de la publicité, par beaucoup de signes marchands qui ne manquent pas, eux aussi, de heurter certaines consciences.
Bien entendu, l’association accepte parfaitement que des élèves puissent être exclues de leur établissement lorsque leur comportement est de nature à causer un trouble important et durable à l’ordre public scolaire mais une telle situation ne doit pouvoir s’apprécier que localement sous la responsabilité du chef d’établissement, après qu’un dialogue réel et sincère a été noué entre le corps enseignant, les élèves et leurs parents.
Une laïcité authentique sera d’autant mieux respectée à l’école publique que chacun pourra y trouver un accès aux valeurs universelles sans devoir renoncer à ce qu’il estime être ses valeurs fondamentales.
A cet effet, Démocratie et spiritualité propose que la mission de la commission soit prolongée et que celle ci soit chargée de préparer un projet de charte nationale de la laïcité à l’école publique sur la base de laquelle, chaque collège et lycée, pourrait, ensuite, élaborer son propre projet d’établissement.
Cette charte nationale devrait décliner, en termes d’objectifs pédagogiques, les valeurs dont l’école publique laïque devrait assurer la promotion : le principe d’égalité, notamment entre les hommes et les femmes, l’autonomie de la personne, la liberté absolue de conscience, le sens des responsabilités, l’esprit critique, le respect des différences, la reconnaissance de la dimension spirituelle dans la construction des identités, etc. Cette charte rappellerait notamment que l’espace éducatif a pour mission de former le jugement, et que la formation du jugement implique une certaine prise de distance par rapport aux traditions héritées et aux identités revendiquées. Le port d’insignes ostentatoires parasite cette prise de distance, et c’est à ce titre qu’il doit être évité C’est une condition pour que la personne bénéficie en définitive d’une identité plus solide, car davantage choisie et plus ouverte.
Enfin, Démocratie et spiritualité s’est intéressée à une action mise en œuvre au Québec ou, pour faciliter le vivre ensemble dans des établissements scolaires de plus en plus ouverts à la diversité, des animateurs de vie spirituelle et communautaire aident les adolescents à mieux prendre en charge leurs questionnements identitaires et spirituels. L’association estime qu’une initiative du même ordre pourrait être étudiée en France, en concertation avec les différents acteurs concernés (enseignants, parents d’élèves, élus locaux, représentants des courants philosophiques et religieux). Dans notre contexte laïc, ces nouveaux intervenants au sein de l’école dont il conviendrait, évidemment, de préciser le statut et les fonctions, pourraient être dénommés animateurs de vie personnelle et citoyenne et chargés, notamment, de répondre aux diverses interrogations de l’adolescence et de développer chez les jeunes l’esprit civique, le sens de la solidarité, l’ouverture aux autres, etc. Ils ne se substitueraient pas aux aumôneries existantes, notamment auprès des internats, mais s’y ajouteraient, élargissant ainsi les possibilités de choix et d’appuis des jeunes.
5 - ENRICHIR LA VIE SOCIALE
Dans le domaine de l’emploi, et plus particulièrement de l’emploi public, la méthode de la Charte évoquée plus haut à propos de l’école pourrait être également employée. Une distinction pourrait être faite entre les agents en contact avec le public, qui ne doivent en aucune manière pouvoir être suspecté de partialité, et les autres. Des dispositions particulières devraient être prévues à l’hôpital, notamment pour les personnes en fin de vie.
En ce qui concerne plus généralement la vie sociale, Démocratie et spiritualité partage les craintes, exprimées récemment à Valenciennes, par le Président de la République, de voir la fracture sociale que connaît notre pays s’élargir en fracture urbaine, ethnique, et religieuse.
En effet, l’une des grandes questions qui se pose aujourd’hui à la société française est bien celle du « comment vivrons-nous, et construirons-nous, ensemble demain ? » alors que notre système d’intégration franco-républicain, qui a si bien fonctionné dans le passé, est maintenant moins efficace.
Conçu pour une société plus homogène, par une République qui s’est construite contre les particularismes, il ne semble plus correspondre aux besoins d’une société devenue plus diverse au sein de laquelle des identités particulières souhaitent pouvoir s’exprimer sans être soupçonnées de mettre en cause les valeurs fondamentales de la Nation.
Démocratie et spiritualité plaide donc, comme cela a été exposé plus haut, pour une démocratisation de la République prenant mieux en compte cette diversité y compris au plan ethnique, culturel et spirituel.
Il ne s’agit pas, encore une fois, de chercher à ressusciter des communautés anciennes étrangères à la modernité mais d’accepter que des solidarités d’appartenance puissent se construire sous des formes plus variées, y compris religieuses, pour mieux répondre à l’atomisation de la société qui, sous les effets de la contrainte du marché, tend à se réduire à un agrégat d’individus en concurrence les uns avec les autres. Dans le domaine de la lutte contre l’exclusion des associations de type communautaire, comme ATD Quart monde et Emmaüs, jouent un rôle important sans être accusées de communautarisme. Dans le domaine de la lutte contre le Sida des associations communautaires d’homosexuels ont également joué un rôle décisif.
Aujourd’hui, au sein de l’immigration, certains groupes, comme les asiatiques, les turcs, les sri lankais, etc., voire même les portugais, se trouvent être très à l’écart du modèle français d’intégration sans pour autant connaître une moins bonne insertion économique et sociale que des groupes mieux intégrés culturellement comme les maghrébins. Ce constat devrait donc nous inciter à avoir un regard plus objectif sur la diversité des processus d’intégration à l’œuvre dans notre pays et à ouvrir l’espace du dialogue républicain à de nouvelles catégories d’acteurs. Il ne s’agit pas ici de renoncer le moins du monde au primat des droits individuels sur toute autre considération plus collective ni de chercher à conforter des systèmes communautaires qui peuvent être oppressifs pour les individus mais de mieux prendre en compte les réalités de notre société comme, d’ailleurs, semble l’avoir compris le Ministre de l’intérieur en mettant en place le Conseil du culte musulman.
En effet le développement inattendu de l’islam, depuis une quinzaine d’années, chez les jeunes générations issues de l’immigration maghrébine, correspond, à l’évidence, à un fort besoin de se construire ici, sur une base religieuse, une identité et une communauté d’appartenance, en double rupture, tant avec une histoire familiale mal transmise et souvent fragilisée par des souvenirs douloureux liés à la décolonisation, qu’avec une culture française insuffisamment ouverte à l’altérité.
Pour Démocratie et spiritualité, vouloir appréhender, aujourd’hui, ce phénomène avec les seuls outils intellectuels de la laïcité forgés dans les années de lutte contre l’Eglise catholique, serait une grave erreur qui ne pourrait que contribuer à l’élargissement de la fracture sociale, ethnique et religieuse redoutée par le Président de la République.
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En conclusion de cette note, Démocratie et spiritualité estime que la République ne doit plus, aujourd’hui, au nom de la laïcité, lutter contre les affirmations identitaires des individus pour les intégrer. Au contraire, dans une société devenue plus diverse, elle doit s’efforcer de créer les conditions les plus favorables pour que chaque personne, ou chaque groupe, puisse accéder, avec ses particularités, à une pleine participation à l’exercice de la citoyenneté.
La fin de l’ancienne confrontation entre la République et l’Eglise catholique et la disparition des formes anciennes d’expression de la foi chrétienne semblaient annoncer une nouvelle étape de la laïcité qui allait obliger la société à se penser dans un univers définitivement émancipé de l’emprise des dieux. Le développement de l’islam dans notre pays va obliger, plus vite que prévu, la République à reconsidérer la place des croyances en son sein.
Démocratie et spiritualité souhaite poursuive une réflexion qu’elle ne considère pas, pour sa part, comme achevée.
Des compromis enrichissants pour tous sont possibles dans une société soucieuse de cohésion sociale et de diversité culturelle. Mais il faut se donner le temps de bâtir ces compromis équilibrés. La hâte en la matière serait sûrement mauvaise conseillère. Il en est de même des prises de positions trop abruptes et faussement rassurantes susceptibles, avec les meilleures intentions du monde, de créer les conflits de culture ou même de civilisation qu’il faut précisément s’employer à éviter. Nous pourrions bien alors aggraver la « crise du politique » en croyant la réduire.