Libre parole

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Auctoritas et potestas

Pour une grande partie des populations occidentales, la démocratie traverse une crise, et la légitimité même de l’action politique semble remise en cause (au profit d’un économisme hypertrophié) ; c’est un aspect de cette fragilisation que nous allons essayer d’éclairer à partir du couple de concepts « auctoritas-potestas » mis en exergue par Maurice Sachot dans un livre qu’il vient de consacrer à la manière dont le christianisme a transformé la pensée politique occidentale.

La thèse de l’auteur est que le christianisme (qui s’est lui-même constitué dans les trois premiers siècles de notre ère à travers trois énormes confrontations avec la Loi morale juive, avec la philosophie hellène et avec les institutions de l’Empire Romain) a complètement bouleversé le mode de légitimation du politique de l’Occident jusqu’à son actuelle mondialisation, au moment même où l’Empire vacillait sur ses bases aux frontières et à Rome. Or cet Empire Romain avait su établir tout autour de la Méditerranée une Paix et une civilité jusque là inégalée en ajoutant aux Empires Hellénistiques (dont il prenait la succession) la solidité d’institutions durables et la force d’un Code de lois qui, formulées dans une même langue latine, s’appliquent à tous d’une même manière. Maurice Sachot montre comment tout cet ensemble institutionnel et juridique repose sur la « potestas » du pouvoir politique et militaire romain, lequel repose lui-même sur l’autorité d’une « auctoritas » qui la transcende. La pensée politique latine a ainsi systématisé cette distinction qui permet de « civiliser » l’usage de la force politique (et qui n’existait pas en grec) : l’ « auctoritas » donne un sens et des limites à l’exercice de la « potestas ». Quand elle n’est pas fondée sur une auctoritas « légitimée », c’est-à-dire reconnue par les destinataires de la potestas, celle-ci est vécue comme pure violence, comme une suite de coups de force… L’auctoritas donne une justification, une utilité et des limites à la contrainte générée par la potestas ; réduisant les résistances, elle facilite son exercice.

A partir des premières grandes attaques contre Rome, puis pour légitimer le pouvoir des conquérants successifs et jusqu’aux « monarchies absolues », cette autorité sera exercée par la religion chrétienne qui concentrera dans une source unifiée une sacralité capable d’imposer respect et obéissance dans un monde pacifié et intelligible qui échappe au chaos. A l’époque moderne, le Peuple et le « contrat social » se sont substitués à la religion pour reprendre les mêmes prérogatives et garantir le pouvoir des démocraties … Mais c’est bien cette « autorité »-là qui paraît de nos jours quelque peu fragilisée…

Aux âmes citoyens

Hervé Rigo est membre de D&S, sociologue, enseignant, thérapeute. Après avoir été responsable de formation dans le secteur socio-éducatif, il démarre un projet de retraites dans le désert tunisien.

Notre humanité s’est égarée dans la complexité de sa propre fabrication… et risque fort, en une régression rapide, d’entraîner avec elle toute la création.

Nous sommes engagé, de biais, dans une mutation plus radicale encore que toutes celles que les hommes ont connues depuis le néolithique ! La « crise », dont on nous abreuve la raison, n’est pas politique, ni sociale, ni même économique, elle est civilisationnelle, c’est à dire consubstantielle au contenu même de nos croyances.

Nos « projets de sociétés » n’ont pas d’avenir, et le passé le prouve, s’ils ne sont pas vigoureusement adossés à des croyances bien établies. Car ce sont Elles qui président à toutes les économies, psychiques, écologiques, sexuelles, sociales, politiques, et à toutes nos organisations ! C’est pourquoi il est devenu urgent de questionner nos croyances implicites qui semblent toutes dire autre chose que nos belles valeurs explicites… le présent l’atteste.

Quel est le désir profond de notre société ? La question mérite mille fois d’être posée car ce qui fait une société et plus encore ce qui fonde une civilisation c’est l’harmonisation du désir. Regarde, notre société schizoïde est convulsée d’injonctions paradoxales qui la déchirent. Certains en jouissent, certes. Ils attestent l’obscène ou même le pire peut être aimé… Nous sommes un navire en désordre tiraillé dans tous les sens par mille désirs qui en combattent mille autres.

En vérité, quel que soit le cheminement de notre humanité dans le fleuve du temps, la source reste la même. Ce que nos pères ont vu, ce que nos pères ont dit, ne peut pas être une illusion vieille de cent mille ans et dont pourraient rire et se moquer nos connaissances du moment. Ne vois-tu pas dans la fabrication des faits, la furieuse volonté des hommes à dissimuler le doute qui persiste toujours au cœur de toutes connaissances ? Interroge, sans culpabilité et sans crainte, ce que le siècle des Lumières a retranché de toutes connaissances, et ce que la Révolution française a évacué de son avenir en tranchant, avec la question, la tête qui sortait du rang ! Sommes nous véritablement capable de faire autrement que de toujours orienter les hommes vers de nouvelles tyrannies, plus mortifères les unes que les autres ?

Nous le voyons que trop bien et trop souvent, le pire, lové dans le cœur même de notre civilisation sans cesse meurtrière, nous voyons approcher l’hydre d’une tendance qui n’est pas nouvelle. C’est pourquoi il est devenu légitime de chercher dans les « choix » d’aujourd’hui ce qui subsiste de la terreur de 1793. Et nous y viendrons.

Nos performances intellectuelles de toute évidence s’avèrent insuffisantes pour bâtir un avenir, et plus encore, pour fonder une civilisation. Il est enfin, et à nouveau, devenu raisonnable de penser et de croire, qu’au dessus de toutes les sciences, et de toutes les richesses trône la sagesse, de penser et de croire que la lumière de l’esprit n’est pas un vain mythe. Il est urgent de réapprendre à respecter le fabuleux héritage de nos pères, car l’Homme était déjà présent à la lumière du monde et à lui même, bien avant que des modernes ne décrètent une humanité nouvelle…

Ecoute. « Grave comme un son de cloche, un murmure de courants invisibles ne cesse de résonner à travers les millénaires et tout le bruit du jour ne peut empêcher qu’il soit perçu dans toute sa profondeur par ceux qui veulent entendre. Il est vrai que ceux qui contribuent à engendrer le bruit sont devenus presque sourds, de sorte qu’ils ne peuvent plus entendre que le vacarme strident qui se déchaîne tout près d’eux ; mais de tout temps, des hommes se tinrent à l’écart du tumulte des foires et écoutèrent, dans le silence de minuit, ces sons d’une gravité solennelle, issus des profondeurs de l’Être originel.

A certaines époques, le nombre de ces hommes s’accroît et leur ouïe s’affine à tel point que, même au milieu du plus violent tapage du monde ivre de bruit qui les entoure, ils parviennent à percevoir ces sons lointains des origines plus distinctement que le vacarme qui cherche à les en empêcher.

Nous vivons au seuil d’une telle époque ! De jour en jour grandit le nombre de ceux qui entendent ! Les cris éraillés des forains ne les dérangent plus, ni les rugissements des bêtes sauvages, ni les roulements de castagnette de danseurs frénétiques et ils ignorent en souriant le tintement des grelots des bouffons aux bonnets bariolés. Ils n’entendent que cet unique son, majestueux et sacré, — n’écoutent que le murmure aux profondes résonances des fleurs de l’éternité - et cherchent leur semblables dans l’espace et le temps, au loin comme auprès d’eux : des hommes pouvant témoigner qu’ils entendent, eux aussi, en tout lieu, ce murmure profond. » [1]

Certains, obstinément opaques et insensibles au murmure, s’embourbent allégrement dans les méandres et la partie la plus exiguë d’eux même, ils voient dans la théorie psychanalytique « un humanisme de l’avenir ». D’autres rêvent une vie d’artefact où le paradis ressemble à une limousine. D’autres enfin ont fait de l’enseignement du maître de Nazareth une éthique de boy-scout. Et de l’anthrôpos amputé de son héritage cinq cent fois millénaire, et qui cherche toujours à se nommer, que faisons-nous ? Et pourquoi pas une vie extraordinaire, véritablement enchâssée dans la vie ordinaire ? Une perception surnaturelle du monde naturel ? Sois attentif. A travers le dédale de la raison nous allons maintenant te conduire par la main, jusqu’à l’aurore. Sans intégrer les fondements pédagogiques du sacré, nos prouesses technologiques ne seront jamais plus qu’un simple jeu de logos, car il faut bien plus que de la science pour fabriquer une civilisation. Ce que nous voyons, ce n’est pas simplement la fin des grands récits et le désenchantement du monde, c’est une civilisation morbide qui s’effondre ! Noirs fantômes, monstres hideux, et démons de toutes sortes y rôdent en permanence… car les jours sont ténébreux, ils dévorent la lumière.

Est-il possible « d’isoler » la sacralité de la socialité ? Sans être intrinsèquement religieuse, une culture, une civilisation, peut-elle survivre au bien ? La modernité, depuis le siècle des Lumières, pense pouvoir interpréter, réduire, et dépasser le sacré, c’est à dire ce qui précisément dépossède l’homme de sa suffisance, lui indique, par des signes et par le silence, une voie, et surtout le remet dans une disposition d’émerveillement, de réceptivité, de réciprocité. C’est de Cela dont brutalement l’homme se sépare…. et nous voyons le résultat. Lorsque le sacré disparaît, que reste t-il à part la vanité… et la décompensation qui s’en-suit… à chaque fois… et depuis toujours !

Cet article a été publié par Nouvelles Clés.

[1] Bô Yin Râ, La sagesse de Jean, Horteclos, 2000

Caricatures du Prophete - La critique et l’offense

Comment trouver le bon critère de discernement dans l’affaire des caricatures ? La référence à la double exigence croisée de démocratie (la liberté d’expression) et de spiritualité (le respect du sacré sous les différentes formes éprouvées) peut-elle nous aider à y voir plus clair ?

Pour ce faire, il peut être utile de distinguer critique et offense.

La critique est nécessaire, tant pour la démocratie que pour la spiritualité, et tant pour la raison que pour la foi. La critique ne vise pas la destruction de l’autre, elle vise la vérité. C’est-à-dire quelque chose qui nous dépasse, et qui s’impose (y compris à la démocratie). Raison et foi sont ainsi amenées à coexister en situation de coopération conflictuelle, comme beaucoup d’antagonismes apparents. La raison a besoin de mesurer ses limites à la critique de la foi. La croyance a besoin de mesurer ces incertitudes à la lumière de la raison critique. C’est ainsi que la personne humaine peut assumer le moins mal et le plus honnêtement sa condition. S’il y a un mystérieux dessein à découvrir et à explorer, il passe sûrement par cette dialectique subtile.

Or, la caricature est profondément ambiguë, et cette ambiguïté peut être la source du mal. La caricature est-elle une critique ou une offense ? C’est souvent difficile à dire. Or les répercussions ne sont pas les mêmes Si la caricature est une critique faite au non de la vérité, si elle vise à faire évoluer l’autre, à lui faire prendre conscience de ce que l’on croît être son erreur, elle est à la fois démocratique et spirituelle et il n’y a rien à redire. Et tant mieux si elle manie la thérapeutique et la pédagogie du rire et de l’amusement, autre sens après tout du mot spirituel. Mais si elle est une offense, une violence, tournée vers la destruction ou la négation de l’autre au travers de la destruction de son erreur, alors elle n’est plus ni démocratique, ni spirituelle. D’ailleurs le rire qu’elle provoque sonne faux. Il incorpore une part de honte, il n’est pas fier de lui et il le sait. On passe du sourire bienveillant au rire agressif voire au sarcasme.

Une seconde distinction s’impose alors. La caricature est une figuration, figuration d’ une critique ou d’une idée qui sont transformées en objet. Mais quel est le dessein de ce dessin ? Sa réalité objective permet-elle de définir e soi sa nature de critique ou d’offense ? Quelle part de l’une ou de l’autre incorpore-t-elle, notamment si elle est, ce qui est fréquent, de nature hybride ? Il faut alors s’interroger sur l’intention et sur la réception. L’intention et la réception relèvent-elles de la critique ou de l’offense ? Coïncident-elle ou non ?

Une caricature faite dans un esprit de simple critique par l’un, peut être reçue comme une offense par l’autre, compte tenu des propres normes de cet autre : a-t-on le droit dans ce cas d’invalider sa blessure parce que nous avons d’autres valeurs ? Si c’est le cas, on sort du registre de la dispute critique et de l’éthique de la discussion pour entrer dans un pur rapport de force entre identités fermées l’une par rapport à l’autre, identités qui vont se crisper et non dialoguer. L’intention a dans le cas été détournée de son but. La caricature échouée. Elle a dépassée son intention.

Une caricature peut être faite, seconde hypothèse, dans le but déterminé d’offenser l’autre, l’autre étant en quelque sorte lié à son erreur, indistinct d’elle et devant être détruit tant qu’il ne s’en sépare pas. La caricature, dans ce cas, ne se situe plus dans le registre de la raison et de la critique, mais dans celui de la guerre. Elle n’est plus ni démocrate, ni spirituelle, sauf dans les cas limites et rares où la guerre et la violence s’avèrent non pas légitimes mais nécessaires pour assurer la survie de ceux qui se réclament de la démocratie et de la spiritualité.

Il y a une troisième hypothèse. Celle d’une caricature qui voudrait offenser, mais n’y parvient pas. Pourquoi n’offense-t-elle pas ? Parce qu’elle est médiocre et laisse indifférent ? On peut alors l’oublier. Parce que celui qui la profère est invalidé par celui qui la reçoit ? C’est une tentation, et même une facilité, mais c’est répondre à l’offense par l’offense, surenchérir dans la violence, et cette négation de l’autre n’est guère plus démocrate ou spirituelle chez le récepteur que chez l’émetteur. Parce que nous sommes devenus indifférents à l’offense ? C’est peut-être que nous ne nous estimons pas assez nous-mêmes, parce que notre personne a sombré dans la relativité générale, parce que nous nous sommes peu à peu habitués à ne pas nous respecter nous mêmes. Cela assure une certaine paix sociale à des individus ainsi juxtaposés les uns à côté des autres et soucieux d’éviter les frottements pénibles. Cette sagesse prudente vaut sans doute mieux que la violence verbale qui dégénère vite en violence physique, mais elle mène à une démocratie au rabais et à des spiritualités très privées (donc de ce fait privées de spiritualité vraie).

Qu’on le veuille ou non, les démocraties vont avoir affaire aux identités, et aux identités religieuses. Elles se sont constituées en partie contre elles et les ont assouplies. Mais les démocraties ne peuvent pas accomplir leur sublime dessein d’égal dignité pour tous, afin que chacun soit mis en mesure de donner le meilleur de lui-même, sans spiritualité. C’est cette fécondation qu’il faut réussir aujourd’hui et que risque précisément de caricaturer les comportements irresponsables, machiavéliques ou pernicieux des uns et des autres, lorsqu’ils passent de la critique à l’offense, que l’offense soit délibérément voulue, qu’elle soit reçue comme telle en l’état actuel des croyances, ou politiquement gérée et manipulée comme telle.

Certes, on peut revenir en arrière par l’excuse et le pardon. Mais la belle raison critique qui fait progresser tout le monde aura été tarie pour longtemps. L’offense évide la raison de sa substance, elle en rend l’usage impossible et la réparation prend du temps.

Caricatures du Prophète - « Libres d’être bêtes et méchants » » ou « La liberté d’être méchant »

Aux protestations, parfois violentes, contre la publication de caricatures du Prophète dans certains journaux de nos pays européens a répondu la réaffirmation forte de la liberté d’expression. Certains, patrons de presse ou autres leaders d’opinion, se considérant comme les porteurs des lumières et des droits de l’homme contre les forces obscurantistes, l’ont fait avec véhémence, justifiant ce qui avait été fait et n’hésitant pas à persévérer qu’elles qu’en puissent être les conséquences. Sûrs d’être les véritables héritiers des conquérants des libertés et les meilleurs juges en matière de démocratie, ils se sont posé en arbitre des cultures, sans éprouver le besoin, avant de les juger, d’améliorer leur connaissance de celles qu’ils rejettent.

D’une certaine façon, une telle réaction ne participe-t-elle pas à une certaine dérive de nos pratiques collectives ? Retranchés dans notre individualisme forcené et notre bon droit, nous ne saurions plus nous manifester collectivement que par la dérision et la critique des institutions. Nous qui jugeons le monde selon qu’il respecte ou non les droits de l’homme et selon qu’il pratique ou non la démocratie, n’avons-nous pas oublié une partie essentielle de la déclaration universelle des droits de l’homme qui fait figurer, dans son article premier, donc avant tout autre considération, y compris sur la liberté d’expression, que les êtres humains sont doués de raison et de conscience et qu’ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ? En oubliant que la fraternité est une dimension essentielle de la démocratie, ceux qui s’en veulent les porte-drapeau ne se rendent pas compte qu’ils la dévalorisent aux yeux de ceux-là même qu’ils veulent convaincre de la supériorité de son modèle. D’une certaine manière, ils prennent le même chemin de violence que celui qui sert de forme d’expression privilégiée à ceux dont ils caricaturent les références. En persévérant dans leur agression, sûrs de leur bon droit, ils oublient aussi, au passage, l’un des préambules de ladite déclaration qui dit « qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations » ? Nous en sommes loin.

Mais, l’affaire des caricatures est le signe d’une autre dérive, celle, contemporaine, de l’acharnement dans la destruction symbolique. A le faire, nous oublions, cette fois, que le symbole a une fonction de cohésion sociale. Même s’il peut être aussi l’objet d’utilisations perverses, comme on l’a vu dans le passé et comme on le voit encore tous les jours, le symbole fait d’abord sens commun pour des personnes. Il leur permet de se reconnaître, de se sentir proches, solidaires. Il leur donne de sentir qu’ils ont quelque chose en commun. Or, par les temps qui courent, les appareils symboliques, les institutions qui font sens, ne cessent d’être soumis à notre intelligence critique, davantage d’ailleurs à notre critique qu’à notre intelligence, à tel point que notre patrimoine symbolique s’érode progressivement jusqu’à disparaître. Se pose-t-on la question de ce qu’il reste après ? Nous allons nous retrouver nus et seuls, sans plus rien avoir à partager, sans plus rien en quoi croire. Notre lucidité froide aura eu raison de tout. Nous aurons proposé notre démocratie au reste du monde, mais en l’ayant au préalable privé de son essentielle dimension de fraternité et de tout horizon commun.

Derrière les violences générées par notre oubli du préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme, même si elles ont été, ici ou là, l’objet d’encouragements pervers par stratégie politique et volonté de nuire, ne faut-il pas discerner le signe que les hommes attachent une grande importance à leur patrimoine symbolique, parce qu’ils y trouvent ce qui rend la vie possible ?

Changer d’état d’esprit

article paru dans Témoignage chrétien du jeudi 4 mai 2006 par Jean-Baptiste de Foucauld, Président de Démocratie & Spiritualité


Crise de régime ? Ce serait trop simple. Comme s’il s’agissait de renouer avec nos vieilles habitudes, dont nous avons peut-être la nostalgie. De tout changer en changeant de République. C’est à la fois moins grave et plus grave.

Nos institutions tiennent bien, trop bien. Elles sont comme abritées des mouvements de la société. En apesanteur. L’Exécutif est trop solide, trop stable, alors que la société va mal, et qu’il ne sait ni l’écouter, ni la conduire. Face aux défis sociaux que nous posent les nouvelles formes du développement économique, la France est en panne de leadership politique. Cette panne qui est aggravée par l’excès de puissance que les institutions confèrent à l’Exécutif. La régulation avec la société ne se fait plus.

Précisons ce diagnostic. La France est un pays difficile à gouverner, dynamique et conservateur, individualiste et étatiste. Elle a besoin qu’on lui donne du sens, que la classe politique s’engage fortement sur une voie claire. C’est cela qui manque aujourd’hui. Plus concrètement, il nous faut résoudre simultanément la question économique (prendre notre place dans la nouvelle donne mondiale) et la question sociale (lutter contre le chômage et l’exclusion, retrouver le plein emploi, tout en préservant une protection sociale de haut niveau). Or, nous ne voulons pas vraiment du libéralisme économique, avec sa dérégulation, car nous en voyons trop la violence et les injustices. Et nous ne sommes pas capables d’imiter les Scandinaves, avec leur consensus, leur civisme, leur sens des priorités. Du coup, nous flottons, en accumulant les mesures inefficaces et en important sans cohérence des ingrédients de l’un ou de l’autre ces deux systèmes, avec de gros effets de modes. Il y a pourtant une voie française à trouver, fondée sur un haut niveau de redistribution sociale, mais une redistribution orientée prioritairement vers l’initiative, l’emploi, la formation, la recherche, l’économie solidaire, ce qui suppose que les autres fonctions sociales, toujours tentées par un certain corporatisme, acceptent d’être bousculées par ce nouveau dynamisme. Il n’y a que 1,5 % à 2 % de surplus à distribuer chaque année, moitié moins que dans les années 60. Les droits sociaux automatiquement croissants, ce n’est plus possible. Il faut de nouvelles régulations. Il faut aussi que les désirs sollicités de toute part s’ajustent aux capacités disponibles. Or, l’offre politique ne cesse de promettre plus qu’elle ne peut tenir (moins d’impôts, mais plus de social !).

Pour résoudre tous les problèmes, il faut à la fois de la méthode et du charisme. Or nous manquons de l’un et de l’autre.

.Nous avons mal traité, collectivement, le choc du 21 avril 2002 : pour éviter le péril de l’extrême droite, qu’on sentait venir dès 1995 d’ailleurs, la gauche s’est rallié à son adversaire du premier tour, sans négociation, comme un pis-aller. Et l’heureux bénéficiaire a gouverné comme s’il avait été élu dans les conditions habituelles, chef d’un camp. Ne fallait pas au contraire que l’un et l’autre des deux camps prennent l’initiative de gouverner autrement pour dialoguer, voire pour s’unir sur de gros enjeux, comme les retraites par exemple ? Mais non, on a fait comme si le 22 avril était un accident fâcheux et évitable, sans voir ses causes profondes, liées au chômage. On a continué comme avant, alors qu’il fallait du neuf.

.Nous n’avons pas su donner leur place aux jeunes, c’est-à-dire à notre propre avenir. Après leur mobilisation de 2002, ce fût une étrange manière de remercier que d’interrompre le programme des emplois jeunes, de réduire les emplois aidés, et de laisser leur taux de chômage remonter ; on a préféré baisser l’impôt sur le revenu, avant de lancer, dans l’urgence, deux ans après, un plan de cohésion qui renoue, sans le dire avec les dispositifs antérieurs, sous des formes nouvelles que des acteurs ont évidemment mis du temps à s’approprier. Et que dire de la crise des banlieues de l’automne 2005 : elle.montre une jeunesse en marge. Il eût fallu être inventif, lui parler, trouver l’équivalent de ce que fût, en son temps la mission Nouvelle Calédonie.

.Notre relation avec l’Europe s’est dégradée. Là encore, pour ces fameuses baisses d’impôt, nous sommes sortis des clous du pacte de stabilité, donnant le mauvais exemple, ne cessant d’imputer à l’Europe tous nos maux, n’appliquant pas les bonnes recettes qu’elle nous propose (la « méthode ouverte de coordination » en matière d’emploi), ne sachant pas en parler clairement, invoquant à tout et à travers une Europe sociale mal définie. Pas étonnant, dans ce contexte d’incivisme européen, que le référendum ait été perdu !

.L’opinion publique n’est pas correctement traitée. Le vote des militants du PS sur l’Europe n’a pas été respecté par certains de ses plus éminents représentants. Deux défaites électorales n’ont en rien perturbé l’immobilisme de l’exécutif. Il a fallu l’échec du référendum de 2005 pour qu’un changement se produise. Suit alors l’affaire du CPE : instrument construit sans consultation, maintenu contre vents et marées, sans doute largement pour des raisons de compétition politique interne, puis abandonné après une crise inutile.

Comment sortir de ce qui est d’abord une crise spirituelle ?

Cela dépendra d’abord beaucoup de la qualité morale des personnes qui émergeront demain, de leur capacité de compréhension de la société, d’écoute et de dialogue avec elle, de leur faculté de cohérence, d’engagement dans la durée, de sens, de construction de repères, nécessaires pour réussir cette interaction de l’économique, du social et de l’écologique qui est notre défi le plus évident.

Cela doit être étayé par quelques réformes institutionnelles, devenues indispensables pour éviter de mettre des instruments trop forts entre des mains trop faibles :

  • interdire à tout Premier ministre ou Ministre en poste à moins de deux ans de l’échéance présidentielle de se présenter à cette élection, afin de limiter cette concurrence politique insensée et d’assurer la séparation des fonctions entre le Président et le Gouvernement ;
  • interdire aux membres des cabinets ministériels de devenir directeurs des administrations qui dépendent d’eux pendant ce même délai de deux ans, et nommer les hauts fonctionnaires selon des procédures transparentes, afin de mettre fin à la politisation de fait de la haute administration.
  • poursuivre la limitation du cumul des mandats, notamment leur cumul dans le temps (pas plus de deux mandats consécutifs ) ;

Il y a surtout besoin d’un autre état d’esprit, d’une autre culture pour faire vivre la démocratie, par l’éthique de la discussion, par la recherche en commun de sens de l’action collective. Par exemple, on devrait faire précéder toute grande décision ou mesure nouvelle d’un vrai débat avec la société civile, et pour cela, distinguer trois étapes : le débat avant décision, pour s’informer, communiquer et argumenter ; la définition des finalités, qui appartient au politique, ainsi mieux éclairé ; le choix des moyens, enfin, qui doit être délégué le plus possible aux acteurs économiques, sociaux, associatifs qui auront à les mettre en œuvre.

Relevons notre niveau d’exigence morale, améliorons nos modes de fonctionnement collectif. Cela aidera les acteurs politiques à donner ce que l’on attend : le meilleur d’eux-mêmes.

Débat sur le traité établissant une constitution pour l’Europe

Une des difficultés du débat actuel sur l’Europe, c’est que les argumentaires du oui et du non ne se rencontrent plus et ne dialoguent plus ensemble. Le débat roué dans la dernière lettre de DS en est une illustration vivante et plutôt attristante.

L’argumentaire du oui, est fondé sur la raison, sur l’acceptation d’un progrès réel mais limité de l’Europe, sur cette idée sage que le mieux, en politique, est souvent l’ennemi du bien. Cet argumentaire ne répond à l’évidence pas bien aux aspirations, aux désirs, aux refus, des partisans du non. C’est un constat.

Nous voilà ramené a un problème classique de politique spirituelle : l’équilibre toujours difficile entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. La première plus radicale, aboutit souvent à des résultats inverses de ceux qui sont visés. La seconde a les avantages et inconvénients inverses.

Puisque le non, au moment où ces lignes sont écrites, a une force de conviction croissante, il faut s’interroger sur les conséquences que son éventuelle victoire pourraient avoir. En un mot, les objectifs légitimes que poursuivent les tenants du non, pour une Europe différente, pour une Europe plus fédérale et plus sociale, sont-ils bien servis par leur vote, où risquent-ils d’aboutir au résultat inverse de ce qu’ils souhaitent ?

Cette question et légitime. Dire non est une attitude éthique, mais à condition de se préoccuper des conséquences ! Qu’en serait-il en Europe ? Plusieurs hypothèses sont possibles.

Si la France est seule en Europe à refuser le traité, sera-t-elle en mesure de négocier ce que veulent les tenants du non, une fois les 25 processus de ratification achevés ? Il y a en fait bien peu de chances. Il faudrait pour cela que le désir d’une autre Europe monte suffisamment un peu partout et soit suffisamment homogène. Sinon, on risque fort de laisser la France à la porte de la nouvelle Europe en train de se construire. Si la France n’est pas seule à dire non, il est probable que les motifs du non ne seront pas homogènes. Un non anglais, ou polonais, ou les deux, n’auront pas du tout la même signification. Ces « non » mis ensemble ne seront pas constructifs. On reviendra aux traités actuels, avec, enmoins, les avancées institutionnelles et sociales (oui, sociales) de la Constitution . L’Europe fonctionnera sans cadre, et risquera d’autant plus de dériver une zone de libre échange.

Le désir politique d’une autre Europe a-t-il plus de chance de pouvoir s’exprimer efficacement, en construisant un cadre complètement nouveau, ou a-t-il davantage de chances de s’exprimer efficacement dans le cadre imparfait mais réel qui est proposé tout de suite. Pour moi, il n’y a pas de doute : si ce désir est fort et bien partagé, il pourra plus facilement s’exprimer dans le cadre proposé plutôt que de s’épuiser dans l’effort incertain de construction d’un nouveau cadre pour lequel un consensus à 25 sera difficile à réunir. Si ce désir est limité à la France, il entraînera l’Europe dans l’immobilisme.

Faut-il alors créer un nouveau cadre avec un petit groupe d’Etats. Mais lesquels ? Avec les Allemands (et les réformes et Schroëder) ? Avec Berlusconi ? Avec Zapatero (qui vient de faire voter oui) ? Et que dirons alors ceux qui seront laissés dehors ? Ils ne seront pas contents ! L’Europe renouera avec ses infinies querelles, pendant que le monde, la Chine, l’Inde, les Etats-Unis avanceront de leur côté. Il n’y a aucune fatalité, aucun déterminisme à faire l’Europe. Celle-ci peut tout aussi bien se défaire ! Voter non, dans un tel contexte, c’est jouer aux apprentis sorciers. Mieux vaut nourrir le oui d’une exigence plus forte. Ce sera, à terme, bien plus productif

Et aussi, dans l’argumentation, évitons de faire l’Europe responsable de tous nos maux. L’Europe n’est pas la cause de la crise sociale française, du chômage qui y règne, sinon pourquoi tant de pays en son sein seraient-ils en quasi plein emploi ? Mieux vaut s’en prendre à nous-mêmes, à notre incapacité de stratégie collective, à notre contre modèle de relations sociales miné par l’individualisme. La technique du bouc émissaire est une facilité, non une attitude spirituelle ou démocratique, ou alors les écrits de René Girard sont vains !

Un mot aussi sur la directive Bolkenstein. Elle pose beaucoup de problèmes, mais ce ne sont pas ceux qu’évoque la lettre 44. En cas de détachement d’un salarié dans un autre pays, il y a, précisément, dérogation au principe du pays d’origine et c’est le salaire minimum du pays d ’accueil qui s’applique. Quant à l’article 25, il permet bien à un prestataire de détacher dans un autre pays un ressortissant d’un pays tiers, mais Didier Minot a oublié de préciser que le travailleur doit lui-même résider légalement sur le territoire du pays d’origine et y occuper un emploi régulier (article 25, alinéa 3) En décider autrement constituerait une discrimination inacceptable.

Le texte de la constitution, avec ses nuances, ses contradictions, forme un tout Il faut le prendre dans un ensemble, et non braquer l’objectif sur un alinéa plutôt qu’un autre. C’est une base de l’éthique de la discussion : envisager tous les aspects du problème, et instruire le procès a charge et a décharge.

A chacun, ensuite, en conscience, de se déterminer.

Voir aussi :
Europe, une nouvelle forme politique
L’Europe peut-elle inventer une spiritualité démocratique ?

Dépasser la laïcité de combat

Depuis plusieurs semaines, le chef de l’Etat multiplie les références à la religion. Dans son discours au Latran il déclarait : « Un homme qui croit c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ». Parlant de l’éducation, il affirme que « dans la transmission et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » - Des mots « incompatibles avec sa fonction » qui ne peuvent que « scandaliser les défenseurs de la laïcité, qu’ils soient croyants ou non-croyants », réagit le syndicat Snes-FSU.

François Bayrou, président du Mouvement démocrate et chrétien de conviction compare la conception de la religion du président français à celle de son homologue américain, George Bush. Dans un entretien publié dans Le Figaro, il regrette : «  le retour que l’on croyait impossible en France du mélange des genres entre l’Etat et la religion. Ce mélange des genres n’a jamais produit de bons fruits », ajoute-t-il. François Bayrou juge paradoxal que Nicolas Sarkozy « affiche chaque fois qu’il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l’espace public ».« Cela s’est déjà produit dans l’histoire. Aujourd’hui par exemple, chez Bush », ajoute-t-il.

La question est importante. C’est celle de savoir, dans cette période de mondialisation accélérée, si la vie collective se construit à partir de communautés identitaires, ou par l’accès de chaque être humain à sa responsabilité personnelle vis-à-vis du sens et des valeurs. Si le domaine religieux constitue l’espace des langues maternelles du sens, la vie spirituelle commence avec la « seconde naissance », celle où chaque être humain fait l’épreuve personnelle de ce qu’il pense, de ce qu’il croit, et cet espace-là est laïc. En langage chrétien, cela se dit ainsi : nul ne peut faire partie du Royaume s’il ne renaît de l’Esprit. L’Évangile refuse de faire de la géographie ou de la généalogie d’un être humain un destin.

Est-ce à dire que la laïcité serait la négation de toutes ces langues religieuses premières ? En aucun cas. Et c’est là qu’il nous faut prendre distance avec la laïcité étriquée de ceux pour qui les sources religieuses n’auraient aucun sens, leur destruction conditionnant la libération de l’homme. Il est vrai que l’espace laïc s’est créé en France contre le cléricalisme et qu’il convient d’être vigilant sur toutes les tentatives de restauration. Cela dit, une fois que le combat laïc a obtenu ce progrès fondamental qui consiste à séparer les pouvoirs séculiers des croyances et des instances porteuses des langues du sens, il reste le plus difficile, à savoir favoriser le chemin de chacun vers sa propre responsabilité. C’est ce qu’exprime avec beaucoup de justesse le grand croyant que fut le philosophe Emmanuel Levinas : « les rapports interhumains, indépendants de toute communion religieuse, au sens étroit du terme, constituent en quelque façon l’acte liturgique suprême, autonome par rapport à toutes les manifestations de la piété rituelle. Dans ce sens, sans doute, les prophètes préfèrent la justice aux sacrifices du temple. (…) C’est à l’homme de sauver l’homme : la façon divine de réparer la misère consiste à ne pas y faire intervenir Dieu. La vraie corrélation entre l’homme et Dieu dépend d’une relation d’homme à homme, dont l’homme assume la pleine responsabilité, comme s’il n’y avait pas de Dieu sur qui compter. État d’esprit conditionnant le laïcisme, même moderne. Il ne se présente pas comme le résultat d’un compromis, mais comme le terrain naturel des plus grandes œuvres de l’Esprit. » [1].

Un tel propos nous rappelle que le sens d’une religion n’est pas de servir tel ou tel ordre sociétal, mais d’ouvrir chaque particularisme à la fraternité universelle.

[1] Emmanuel LEVINAS : La laïcité et la pensée d’Israël in Les Imprévus de l’histoire, Editions Fata Morgana, 1994, page 182

Emigration-Intégration - Contre l’esprit d’exclusion

Immigration choisie, immigration subie, immigration jetable…… Comment aborder ce sujet, où chacun se sent porteur de la vérité S’exprimer c’est s’exposer prendre le risque d’être classé, de se faire considérer comme ennemi……comme étranger. Arrêtons de considérer l’autre comme étranger.

Arrêtons l’esprit d’exclusion. Chacun doit dire et je dois dire, ce à quoi je crois, car c’est à cela que je crois….. Par mon histoire par ma culture, je crois à l’immense importance du sujet…… que je l’aborde en chrétien….. que je l’aborde en citoyen

Oui le Christ l’a dit. La Samaritaine, rejetée par tous en Judée, au point de vouloir mourir, rencontre le Messie au bord du puits. Il lui demandera à boire. Il avait besoin d’elle. C’est cela qu’il a voulu lui dire. C’est cela qu’il a dit

Etranger, toi devant moi, tu es mon frère et j’ai besoin de toi tu as besoin de moi

Nous devons accueillir l’étranger

Ceux qui sont sans papiers, ceux qui ont des papiers ceux devenus français et ceux qui sont français, Les français, ceux qui sont au chômage , ceux qui ont un emploi et ceux qui réussissent, ceux qui ont peur aussi, et ceux que nous exploitons, médecins sous payés dans nos hôpitaux, alors que l’espérance de vie en Afrique est de 20 ans inférieure à ce qu’elle est chez nous.

Où est donc l’étranger ? Nous sommes tous étrangers

Suivant nos rencontres nous sommes plus sensibles à certains. Pensons aussi aux autres

En citoyen j’observe. Un retour en arrière chez nous : l’exode des campagnes, Bretons et Auvergnats immigrant vers Paris dans leurs petits métiers. Industrialisation, capitalisme…..Germinal, l’immense coût humain pour que nous vivions mieux

Et maintenant la mondialisation…..Le capitalisme est devenu mondial. Les immigrés viennent de pays où il n’y a pas d’emploi et rêvent de pays dont on parle à la télévision. Ils rêvent jusqu’à quelquefois en mourir.

Comment se fera le développement ? dans nos pays ? dans leurs pays ?

Dans nos pays sûrement pas en consommant sans produire, en délocalisant Dans leurs pays sûrement pas en choisissant pour nos besoins leurs gens les plus compétents.

Nos développements sont liés. Nous devons négocier, nous devons discuter

Nous devons négocier, nous devons réguler,

Des principes et des lois. En France nous devons négocier avant de produire des lois que nous réfuterions par la suite.

L’éthique du débat ? Apprenons à discuter entre nous

Mettons nous d’accord sur certains éléments. Trois d’entre eux pourraient peut être faire progressivement l’objet d’un consensus, sans rien figer, en sachant que suivant nos sensibilités certains mettent l’accent sur un point, d’autres sur l’autre

  • Un nouvel équilibre entre regroupement familial et immigration professionnelle. L’importance relative des regroupements familiaux, semble vraiment trop grande. Mais l’on ne peut discuter sur un des thèmes sans discuter sur l’autre
  • Pour l’immigration professionnelle des accords avec les pays d’origine, des contrats avec les migrants impliquant aides à la formation, aides à la réinstallation.
  • Pour les regroupements familiaux une distinction claire entre déjà installés (la loi n’a pas de rétroactivité) et nouveaux installés. Pour eux il semble nécessaire d’envisager une sorte d’examen de citoyenneté pour leur faire connaître esprit et lois de notre république

A partir de là on verra en quoi il est nécessaire de légiférer. Mais la loi n’est pas tout et elle peut se changer dans une démocratie

L’immigration, un débat d’exclusion, un débat de passion. Arrêtons.

Ce n’est pas par une précipitation politicienne ou par des occupations d’églises qu’on règlera la question.

mais en associant une démarche humaniste, certains diront spirituelle et une démarche politique pour une meilleure démocratie

Emigration-Intégration - Immigration : le devoir d’hospitalité, propositions

Malgré les diverses politiques qui se sont mises en place depuis une trentaine d’années, à propos de l’entrée et du séjour des étrangers en France, l’immigration est restée constante depuis une quarantaine d’année

Cependant la démographie européenne laisse entrevoir un très fort besoin de main d’œuvre. D’ici 2025, et cela malgré les gains de productivité et l’allongement de l’age de la retraite, il y aurait besoin de plus de 20 millions de personnes supplémentaires en Europe pour conserver une population active et un niveau de vie identique. Au-delà des projets de loi actuels cherchant à limiter l’entrée des étrangers et à rendre plus difficile leur séjour, les gouvernements devront, quoiqu’il arrive, en tenir compte et il est fort probable qu’après l’élection présidentielle en 2007, on assiste à une régularisation massive… tout simplement parce que le besoin de main d’œuvre immigrée notamment peu qualifiée sera devenue une nécessité. Ce qui relativise considérablement le principe de l’immigration « choisie » telle qu’elle est actuellement envisagée.

Ainsi au delà de l’aspect contextuel et très électoraliste de la loi sur l’immigration et l’intégration qui vient d’être présentée au Parlement, l’essentiel ne réside-t-il pas dans l’amélioration des dispositifs d’accueil et d’insertion plutôt que dans une hypothétique limitation des flux de migrants ? C’est pourquoi sur la base d’une expérience de responsable d’une association d’accueil des étrangers depuis plus de dix ans, je me permets de formuler ces quelques propositions :

Il est nécessaire tout d’abord de changer le regard et les représentations de l’étranger qui est vécu actuellement uniquement comme un danger et un risque.

L’étranger en situation régulière n’est-il pas l’invité de la France qui lui offre l’hospitalité ?.

Comment nous ré approprier le concept et le sens de l’hospitalité afin de l’adapter à la situation actuelle de l’immigration en Europe et ré interroger avec un nouveau regard les différentes étapes du parcours d’intégration d’une personne et d’une famille ?

Le souci d’hospitalité constituera le fil conducteur des quelques pistes de réflexion qui suivent.

- Renforcer la politique d’accueil des nouveaux étrangers.

La formule du contrat d’accueil et d’intégration pour les étrangers « primo arrivants » mise en place depuis 3 ans et géré actuellement par l’Agence Nationale d’Accueil des Etrangers et des Migrations, est intéressante mais elle nécessite d’être renforcée pour permettre un réel apprentissage de la langue et des codes et valeurs de notre société : adapter et prolonger l’apprentissage du Français pour les étrangers illettrés, offrir systématiquement l’interprétariat nécessaire, permettre une réelle formation civique et surtout développer le soutien à l’insertion à l’emploi, préoccupation majeure des personnes.

Mais une telle offre éducative pourrait être élargie et proposée aussi aux autres étrangers volontaires ( ceux qui veulent approfondir, ceux qui étaient déjà arrivés il y a 3 ans…) considérés à tord comme déjà formés (comment, par qui ?). Une sorte d’école ou d’université interculturelle en quelque sorte, pourrait être expérimentée.

- Développer l’information et l’accès aux droits.

Le parcours d’intégration d’un étranger est la plupart du temps, un réel parcours du combattant chargé de suspicions d’incertitudes de dépendances et de liens inextricables qui engagent simultanément plusieurs administrations et services. Entre les services publics qui dispensent une aide spécifique dans leur champ de compétence et les associations humanitaires qui pallient à l’urgence, il n’existe peu de structures indépendantes et professionnalisées en capacité d’apporter une information et un conseil dénouant cette complexité. Et cela non seulement à propos du droit des migrations (entrée et séjour) mais aussi des droits sociaux, des droits civiques et plus couramment du simple accès aux droits élémentaires et fondamentaux. L’Etat pourrait passer contrat avec plusieurs associations avec lesquelles il s’engagerait dans la durée, sur des missions précises et évaluées.

Il n’est pas certain que la nouvelle Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances, qui va remplacer la FASILD soit un projet à la hauteur de cette ambition. Cette mesure passée inaperçue le mois dernier, fait partie de la loi sur l’égalité des chances.

Il y a de réels besoin actuellement en terme d’accompagnement à l’accès aux droits concernant des publics tels que : les réfugiés statutaires par exemple, les mineurs étrangers, les migrants âgés ….

- Mieux accueillir les demandeurs d’asile

La demande d’asile est un droit fondamental de la personne qui demande protection pour des raisons de persécution. Si ce champ était relativement équilibré tant que le législateur distinguait de droit et de fait, par la loi, les réfugiés, des autres étrangers (ordonnance de 1945 réglementant l’entrée et le séjour des étrangers, et loi relative à l’asile adoptée en 1952 suite à la convention de Genève), le passage à un code sur l’entrée et le séjour des étrangers et le droit d’asile a contribué à fabriquer un profil flottant et incertain.

Actuellement il existe un « flou artistique » sur la demande d’asile qui porte lourdement tord aux étrangers (seuls 15% obtiendront le statut de réfugié) : suspicion de faux sur la réalité de la demande d’asile et politique restrictive qui en découle : accueil réduit au minimum, logement pas toujours assuré car les Centres d’Accueil des Demandeurs d’Asile ne suffisent plus, interdiction de travailler, bref une situation souvent dramatique et qui provoque une souffrance mentale et psychique chez les personnes

D’une certaine façon ce statut « réinterprété » depuis 1952, introduit une suspension, un mise en attente, un provisoire qui rappelle une autre époque, celle des « travailleurs étrangers des années 60 ». Il transforme les conditions de la présence en un condensé de fragilisation déviant de l’objectif initial de protection.

Il s’agirait d’offrir des conditions d’accueil correctes pour les demandeurs d‘asile : logement, interprétariat, soutien à l’accès aux droits, aide à la réalisation du récit de vie, allocation d’insertion, soutien médical et psychologique si besoin …et de réouvrir le droit au travail des demandeurs d’asile pourtant inscrit dans la convention de Genève

- Permettre le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales.

La limitation de ce droit apparaît aujourd’hui comme rétrograde. Tous les étrangers n’ont pas forcément vocation à devenir Français, mais tous contribuent à leur façon au développement local de leur territoire au même titre que les autres habitants. Permettre la réalisation d’un acte citoyen n’est-il pas un signe majeur d’intégration ?

Si une telle mesure ne bouleversera pas le paysage politique du pays, elle pourrait avoir comme avantage supplémentaire de renvoyer un signe fort de reconnaissance aux jeunes enfants français de parents étrangers. A ce titre l’expérience de Grenoble est en tous points exemplaire.

- Ouvrir aux étrangers une partie des emplois de la fonction publique et des professions libérales.

Actuellement 6 Millions d’emplois sont interdits aux étrangers. Nous constatons que certains emplois ne pourront pas être remplacés avec les départs à la retraites qui s’annoncent et que nous devons déjà faire appel à de la main d’œuvre étrangère pour certains métiers. Mis à part, bien sur les domaines de la sûreté, de la défense nationale, de l’armée, pourquoi ne pas ouvrir une partie de ces emplois aux étrangers ?

- Travailler sur l’apport positif de l’immigration et sur la mémoire des communautés

Notre société d’accueil peut prendre le parti volontariste de valoriser l’apport de l’immigration et sa contribution au développement de la France. Nous avons vu récemment comme le sujet était encore brûlant donc nécessaire, à propos du débat provoqué par la question de « l’apport positif de la colonisation »

Nous pouvons engager une réappropriation collective et officielle de la mémoire des immigrations et des parcours d’exil. La création de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration en 2007 sera un premier pas mais il faudrait d’une part qu’elle engendre une dynamique et des initiatives régionales et d’autre part que les temples de la culture s’ouvrent à la diversité des cultures populaires.

- Réhabiliter le fait communautaire

L’existence d’une communauté culturelle dans l’espace civique reste cataloguée immanquablement comme dangereuse par notre esprit républicain. Pourtant, quoi de plus naturel et sain que de souhaiter se retrouver et se serrer les coudes. Une évolution éventuelle vers une forme de communautarisme serait constitutive d’un rejet, d’une exclusion qui viendrait d’abord du pays d’accueil.

Je ne vois pas d’incompatibilité de principe entre appartenance communautaire et appartenance nationale, au contraire ouvrir une réflexion intelligente sur un bon usage des « communautés » dans le processus d’intégration peut permettre de mieux prendre en compte des liens communautaires, ethniques et culturels, et accélérer le désir d’ouverture tout en freinant le développement de l’intégrisme religieux.

Enfin pour finir, la question des « sans papiers » constitue le principal défi de nos sociétés occidentales. Cette population est vraisemblablement appelée à s’accroître et nous savons très bien que ce n’est pas l’augmentation des reconduites à la frontière qui va le résoudre.

300 000 à 400 000 étrangers vivent actuellement en France sans statut : visiteurs et étudiants non repartis / déboutés du droit d’asile / clandestins arrivés par des filières mafieuses,

Une part, difficile à évaluer, de cette population de « sans papiers », est présente sur le marché du travail (avec des faux papiers ou travaillant au noir) où elle occupe, à la satisfaction de quelques entreprises et dans des conditions indignes, des emplois délaissés, dans l’attente d’une régularisation ultérieure. Ceux qui restent sans travail subsistent, difficilement, grâce aux solidarités communautaires et aux associations humanitaires.

A la fois parce qu’il y a une forte demande d’exil des pays pauvres vers les pays riches mais aussi parce que les politiques restrictives du séjour renvoient un certain nombre d’étrangers entrés régulièrement sur notre territoire, dans la clandestinité, la présence des sans papiers sur notre territoire est une réalité et sauf à mettre gravement en cause les principes de l’état de droit, cette immigration irrégulière ne pourra pas être véritablement endiguée.

Les « sans papiers » constituent maintenant, de fait, une « catégorie » d’étrangers à part entière qu’il faudra bien prendre en compte.

Emigration-Intégration - L’Intendant et le Prophète

Dans la Bible, les deux figures de l’Intendant et du Prophète apparaissent tour à tour sans être en opposition.

L’Intendant est « le serviteur fidèle et avisé » St.Mat. 25-45 qui fait fructifier les talents reçus (et même en termes purement financiers !) On peut lui attribuer un rôle plus chargé d’humanitè, politique au sens de la gestion du bien commun.

Le Prophéte ne s’embarrasse pas de considérations de gestion sociale,il clame à temps et contretemps les grands principes, il préche par l’exemple,paye de sa personne, l’intendance suivra.

Essayons de replacer nos personnages face au problème de l’Emigration.

I- Le bon Intendant se pose quelques questions du genre :

1. Cette immigration est elle bénéfique pour les émigrés ?

2- Cette immigration est elle une chance pour la nation ?

3- Une immigration est elle possible, et à quelles conditions ?

Point 1 L’immigration est bénéfique aux émigrés

Mettons à part les réfugiés politiques pour qui la sécurité prime toute autre considération L’immigré » économique » va lui trouver solution à plusieurs problèmes : . Il ne va pas mourir de faim . Il peut être soigné, lui et sa famille . Ses enfants iront à l’école

Par contre,il subsiste 2 problèmes de taille :

. L’absence de logements . La diminution des emplois non qualifiés

Accueillir un immigré sans lui procurer un logement et un travail est, soit de l’inconscience, soit de la malhonnêteté.

Point 2 L’Immigration chance pour la Nation

Aspect économique : Ne pas raisonner uniquement avec nos 3 millions de chômeurs actuels,mais au moins à l’horizon 2015 . Cela veut dire aussi comprendre l’évolution de nos capacités dans une économie globalisée. Aspect social : Que peut devenir le système social français d’ici 10 ans ?

Point 3 Qu’est ce qui est possible ?

Le potentiel migratoire de l’Afrique est vertigineux, ils seront 1,3 à 1,4 milliards d’ici 2020 ou 2050, quant à l’Asie…

Nous voyons déjà que le modèle d’intégration français ne sait plus résoudre la question de la coexistence étroite de cultures différentes. Ce problème culturel devient plus important que celui de la capacité économique : l’identité nationale devient impuissante devant les ségrégations communautaires, territoriales ou ethniques.

II - Le Prophète

Il rappelle que chaque vie est une histoire sacrée, que nous ne pouvons ignorer la misère de nos frères,que notre aisance actuelle,même menacée, peut être partagée

Que la terre appartient à tous et que nous disposons d’un patrimoine peut être mal utilisé

Que la particularité française n’est pas forcément le modèle mondial du futur

Le Prophète peut prêcher par l’exemple :

. Apporter ses compétences en Afrique

.Partager un foyer SONACOTRA

. Accueillir chez lui (ou avec des amis) une famille et lui trouver du travail

Il serait malhonnête qu’il se contente « d’interpeller » les « Pouvoirs publics » sans se soucier de l’avis des autres citoyens : c’est eux qu’il faut convaincre de repenser notre mode d’existence avec les accents du cœur et non avec de faux arguments économiques.

Cependant cette voix doit résonner pour nous rappeler à l’essentiel.

III - Le courage de l’avenir

Le défi que nous avons à relever n’est pas d’accueillir un nombre indéfini de migrants dans un contexte socialqui aura disparu dans peu d’années.

Il nous faut rebâtir un vivre ensemble

  • Où l’épanouissement de chaque homme prime sur la consommation
  • Où un projet commun, à dimension nationale et européenne nous permet de jouer un rôle efficace dans la gestion humaine de cette Planète si l’Evangile est sans ambiguïté sur notre attitude personnelle « J’étais un étranger,tu m’as accueilli », nous avons besoin d’une sérieuse impulsion de l’Esprit pour penser le quantitatif. L’Esprit semble agir par prédilection sur les bonnes volontés rassemblées : au-delà des paroles symboliques,il nous faut conjuguer un faisceau d’innovations,d’actions solitaires et solidaires,de prises de risques, d’aventures irrationnelles et la sagesse des Justes.

Nous en avons les moyens

Europe, une nouvelle forme politique

Nous avons rêvé d’une Europe. Nous en aurons une autre. Nous pouvons y gagner !

L’Europe dont nous avons rêvé, reconnaissons-le, c’était une Europe imitée, peut-être l’Europe de nos défauts. Une Europe centralisée, une Europe puissante, une Europe fédérale : les Etats-Unis d’Europe. Le mot dit bien ce qu’il veut dire : Europe fondée non sur son propre modèle, mais sur celui d’un autre qu’elle, d’un autre qu’elle a d’ailleurs engendré et qui l’a dépassé, les Etats-Unis d’Amérique.

Nous n’en sommes plus là. Sauf en matière monétaire, il n’y a pas eu en Europe de vraie volonté fédérale, capable de s’exprimer fortement, de peser sur le cours des choses, et de proposer un modèle clair aux nouveaux entrants [1] . L’absence de réponse française aux propositions Lamers-Schauble de 1994 de créer un « noyau dur », les réactions hostiles qu’elles avaient provoquées, le refus anglais, l’insuffisance d’engagement des leaders français, peut être même une impossibilité de fait, tant sont grandes les diversités et discordances européennes, auront sonné pour longtemps encore le glas d’une Europe fédérale.

C’est donc une autre Europe qui cherche à se construire, et qui va peut être se construire si le oui l’emporte au Traité. Oui de raison, de sagesse, de prudence par rapport aux risques trop grands du non : le mieux est l’ennemi du bien. Mais également oui de création, d’innovation, d’élan, qu’il faut susciter. Un oui qui retrouve le sens de l’idéal et de l’utopie.

Ce qui émerge, en effet, c’est une Europe sui generis, inédite, n’obéissant à aucun schéma préétabli, comportant des éléments de fédéralisme (la monnaie), combinés avec des modes de fonctionnement intergouvernementaux (le Conseil européen et l’unanimité) et communautaires (le trio Commission, Parlement, Conseil des Ministres). Cela résulte de la démarche originale qui a été menée, sans équivalent historique jusqu’ici, visant une construction politique basée sur la coopération volontaire d’Etats et de peuples à la fois unis et divisés par leur passé commun.

Cette Europe peut réussir à éviter le double péril de l’excès de puissance et de l’inaction résignée si quelques conditions essentielles sont réunies : organiser le débat intellectuel, culturel, spirituel sur le type de société que nous voulons faire ensemble ; forger une opinion publique européenne en organisant, dans chaque télévision publique nationale, de véritables espaces européens ; rapprocher des liens entre les peuples en organisant sur une base plus large les échanges entre citoyens sur un modèle rénové d’office franco-allemand de la jeunesse ; organiser les forces politiques européennes au niveau de l’Union pour que le Parlement cesse d’être un simple reflet des forces nationales ; jouer à fond le jeu des coopérations renforcées qui permet aux Etats qui ont des intérêts, des capacités, des qualités particulières d’aller de l’avant avec l’accord des autres et en attendant qu’ils les rejoignent ; construire ainsi peu à peu, dans un cadre commun, l’Europe des diversités et des excellences, l’Europe des mieux-disants, l’Europe des réalités transcendées.

Ce qui s’esquisse ainsi, c’est un déplacement, voire une remise en cause du principe de centralité qui a dominé jusqu’ici le développement politique. Ce n’est plus une Europe qui définit son projet d’en haut, en une fois, après un « vrai débat démocratique », et puis qui l’applique ensuite en bloc, en mobilisant la société dans son ensemble. C’est une Europe qui se construit peu à peu, par touches successives, entre des proches qui se savent différents, tout en voulant vivre ensemble. L’Europe n’est pas une idéologie. Ni un nouvel Etat-nation. Ni un empire. Ce n’est pas non plus une nouvelle organisation internationale. C’est une nouvelle forme politique. Et c’est ce qui fait son intérêt, tout en en rendant la lecture difficile. Elle va devoir concilier explicitement, et non plus par la bande, démocratie et identités. Son projet se constatera a posteriori. Il résultera en définitive de sa capacité à confronter et à unifier de manière souple les valeurs partagées, les identités façonnées et les réalités assumées afin de faire face aux défis contemporains.

L’Europe est la civilisation de la musique. Peu de civilisations peuvent se targuer d’avoir produit le grégorien, Monteverdi, Bach, Mozart, Beethoven, Wagner, Debussy, Schönberg. Il est logique qu’elle ait choisi la 9e symphonie comme hymne, hymne à la joie. Mais elle va désormais jouer aussi une autre musique. Non plus seulement celle du grand orchestre interprétant avec de subtiles nuances une partition construite selon une progression grandiose et s’achevant en apothéose, transposition symbolique du modèle rêvé de centralité réussie. Mais plutôt à la manière d’un orchestre de jazz, où il y a un thème, un rythme, soutenu par la section rythmique, et où chaque instrumentiste prend, tour à tour, dans le cadre ainsi fixé, un chorus où il a toute liberté pour improviser, et si possible pour faire mieux que les autres, à condition de respecter la mesure. Voilà peut être la métaphore qui permet de saisir ce que pourrait être l’Europe de demain. Le jazz, né de la révolte contre l’esclavage, constitue après tout une forme de mondialisation réussie ; il unit l’individu et le collectif, la liberté et la règle, la solidarité et la concurrence ; il a une capacité de ré enchantement du monde. Il est résistance à l’immobilisme, respect de règles toujours à améliorer, ouvert sur l’utopie. Pourquoi l’Europe ne s’en inspirerait-elle pas comme forme artistique susceptible d’inspirer un mode de fonctionnement politique ?

A nous de transposer, de s’inspirer de ce qui vient de la culture en mouvement pour développer une politique respectueuse de nos traditions classiques et ouverte sur le changement et l’innovation.

[1] Cela aurait supposé des compétences délimitées une fois pour toutes entre un Etat fédéral et des Etats fédérés, deux assemblées, l’une représentant les populations, l’autre les Etats et un gouvernement en bonne et due forme

Forum Social Mondial, Janvier 2007

La migration et le rapport à l’autre, au cœur du nouveau monde

J’ai eu la chance de faire partie de la délégation de « Frères des hommes » au Forum Social Mondial, qui s’est tenu à Nairobi au Kenya du 20 au 25 janvier dernier. La chance également que Marie France puisse partager ces grands et beaux moments. En réalité nous avons pu vivre au Kenya un peu plus longtemps : du 19 au 31 janvier (du 26 au 30 , nous avons rendu visite au pays Massaï, à la frontière tanzanienne).

Nous avions décidé à « Frères des hommes » que, tout en participant bien sûr à l’ensemble du programme proposé, nous allions cependant focaliser notre attention et notre action sur un thème, retenu dans notre association parmi nos trois priorités : « Migration, développement et rapport à l’autre ». Nous voulions ainsi éviter de nous disperser ou de papillonner. Cela s’est révélé un « bon choix ». Car d’une part ce thème de la migration a été très souvent évoqué à Nairobi, dans presque tous les débats. Car d’autre part le Forum en lui même constitue l’expression vivante d’une migration, certes temporaire, mais exceptionnelle, et surtout emblématique. Au centre de ces impressions de Nairobi, il y a cette observation : la migration apparaît comme un phénomène essentiel de cette nouvelle période dite de mondialisation (même si elle a existé de tout temps sous d’autres formes) : elle est au cœur du développement de notre planète, à la fois effet et cause, simultanément en négatif et en positif.

1 LE CHOC DE LA RENCONTRE

1/ L’accès à la terre

2/ Désarmer pour combattre la pauvreté : une campagne internationale

3/ Vincent : un itinéraire de migrant

4/ Migrations et guerre en Côte d’Ivoire

5/ Les Massaïs, boucs émissaires d’un Etat en marche

2 DÉBATS DE FOND, EFFICACITÉ DE L’ORGANISATION, LANGAGE NOUVEAU

1/ Débats et ateliers : comprendre, avancer…

2/ Fonctionnement du Forum : quelle efficacité ?

3/ L’invention d’un langage politique et culturel inédit

3 ET MAINTENANT, UNE MEME ACTION AU SUD ET AU NORD ?

1/ Témoignage : « On ne naît pas noir, on le devient »

2/ Une hypothèse : « Soi-même comme un autre"

3/ Une problématique : au Nord et au Sud, devenir des acteurs-citoyens

L’Eglise que nous voulons

Intervention de Régis Moreira, membre de l’ACO de Grenoble à l’occasion de la visite pastorale de l’évêque Mgr Guy De Kérimel, le 11 décembre 2009, dans la paroisse Sainte Trinité à Grenoble.

Merci Père, pour votre message concernant le travail le dimanche. Sur mon lieu de travail à France Télécom je l’avais affiché sur le panneau des infos diverses, il fut commenté favorablement, photocopié et même affiché sur le panneau de la CGT pendant 15 jours.

J’aime cette Eglise là qui s’engage, je suis fier d’être chrétien et je dirai même plus, fier d’être catholique.

J’aimerais que l’église prenne plus souvent la parole, pour évoquer la question sociale, la pauvreté plutôt que les questions de sexualité. L’Eglise sera entendue dans le monde du travail, si elle parle de la souffrance des personnes qui travaillent ou de celles qui sont sans travail. Le travail dans beaucoup d’entreprises est source de stress, de mal être et de souffrances, générant des problèmes dans les familles aboutissant parfois à des divorces.

Comment ne pas s’interroger concernant les pratiques de certains patrons dits chrétiens ou catholiques ?

Le travail ce n’est plus la santé depuis très longtemps pour beaucoup de salariés, surtout depuis que les financiers avec leurs fonds spéculatifs gouvernent les entreprises, en demandant des taux exorbitants de retour sur investissement. Une seule chose compte aux yeux du patronat : notre productivité, notre valorisation financière, car un travailleur est vécu avant tout comme une charge…

« Combien on rapporte » ? Il n’y a que ça qui compte vraiment. Travaillant à France Télécom, j’aurais aimé entendre mon évêque prendre la parole à propos des suicides de cet été. Une parole avec l’éclairage des évangiles aurait été entendue, débattue, écoutée avec respect. Elle est attendue ! La vie au travail, la souffrance du travail mal fait car il faut aller très vite, l’isolement au travail derrière son ordinateur, des outils informatiques nombreux et très complexes à mettre en œuvre, servir le client de plus en plus exigeant, l’esprit d’équipe disparu, l’impasse de l’espérance dans ces conditions de travail, et paradoxalement la mort comme unique issue.

Ce sont des thèmes qui interrogent notre foi, nous ne sommes pas des robots. Je connaissais Jean Paul R. qui s’est suicidé à Annecy, C’était mon collègue, un militant CGT épris de justice sociale. Comment a t-il pu mettre fin à ses jours alors qu’il était, selon son beau frère, un « être d’amour », qu’il avait une femme, deux enfants et qu’il était animateur dans un club de football. Lui, qui espérait un monde meilleur, n’a plus trouvé de force que pour sauter d’un pont et mourir.

J’aurais aimé aussi une autre parole sous le regard de l’Evangile concernant tous ces licenciements sur le bassin de Grenoble et de l’Isère (Caterpillar, Yahoo, Gripp…) liés à la crise économique ou à son prétexte pour restructurer et délocaliser. Je pense que la question sociale est centrale pour l’évangélisation du monde d’aujourd’hui, en proposant son regard sur une actualité qui ne manque pas de nous interroger. L’Eglise contribuera à replacer l’homme au centre de nos sociétés et non l’économie.

Etre chrétien au travail, c’est s’engager notamment en adhérent à un syndicat pour réhumaniser le travail et tisser des liens de solidarité. Le capitalisme, la course au profit, c’est le dieu argent qui broie les êtres humains depuis longtemps. La société de marché avec la concurrence libre et non faussée impose des conditions de travail déshumanisantes, où tout doit être marchandisé. L’Evangile nous indique un autre type de société, faites le savoir ! Il faut réhumaniser le travail. L’Evangile, la Bonne Nouvelle est notre guide pour faire cette réhumanisation du travail, ceci doit être porté par notre évêque.

La campagne politique à la télé

Les français ont plus besoin de débats de fond que de réponses à tout

L’émission du lundi 5 février 2007 « J’ai une question à vous poser », avec Nicolas Sarkosy et cent français, se veut un modèle de participation citoyenne à la télévision. Si elle a permis de juger du sens de la répartie et des connaissances du candidat pour aborder de multiples questions, elle a par contre renforcé le sentiment qu’un homme politique était censé répondre aux demandes de chacun. Chacun sait que les promesses ne suffisent pas à faire une politique et qu’elles ne seront pas toutes suivies d’effet. Ne risque t-on pas avec de telles émissions de favoriser une dérive populiste de mauvais aloi, avec la recherche du candidat qui a réponse à tout ?

L’émission « Ripostes », de Serge Moatti, se veut, comme son titre l’indique, l’occasion d’affrontement permettant aux plus brillants de riposter ; cela aboutit le plus souvent à de la cacophonie entre de trop nombreux invités. On est loin de l’écoute des arguments d’autrui qui permet un dialogue respectueux et qui aide le téléspectateur à se remettre en question et à cheminer vers une position mûrie.

La gravité des problèmes auxquels sont confrontés les français nécessite malheureusement plus une recherche des voies à suivre pour construire ensemble notre avenir qu’un catalogue de réponses à des questions de tout ordre ou que des ripostes brillantes ou que des effets d’annonce. Si on veut inverser la tendance médiatique à promouvoir les faux semblants du débat démocratique, il faut créer des émissions favorisant le vote responsable en donnant aux électeurs les éléments de choix sur les grands enjeux actuels et en permettant aux candidats de proposer des voies porteuses d’avenir.

En conséquence, avant l’ouverture de la campagne officielle, les émissions dont on a besoin doivent porter sur les deux ou trois grands enjeux [1] que chaque candidat retiendrait, en leur laissant le temps de les présenter et de proposer les voies qu’ils souhaitent explorer pour relever les défis correspondants. Les journalistes, spécialistes des sujets traités, seraient là pour approfondir ensuite les points méritant débat avec le candidat et lui poser des questions recueillies grâce aux techniques modernes, aussi bien auprès d’intellectuels ayant travaillé les sujets abordés que des citoyens livrant leur interrogations. L’émission « à vous de juger », d’Yves Calvi, qui apporte une façon intéressante d’approfondir un sujet, peut servir de référence.

Derrière cette critique des émissions politiques à la TV apparaît un enjeu fondamental pour l’évolution de notre démocratie : passer d’une campagne électorale favorisant la recherche de la chasse aux électeurs par les « grands » candidats à une période privilégiant l’« éducation politique » , à partir d’une prise de conscience des grands problèmes à résoudre ensemble, et l’éthique du débat, à partir d’une écoute attentive des points à examiner courageusement et des avis à prendre en compte pour arrêter une position.

[1] Par exemple : le métissage de la société française et la redéfinition de notre identité nationale en Europe et dans le monde ; les nouveaux équilibres à trouver entre croissance économique, justice sociale et amélioration de l’environnement ; l’éducation des personnes et des citoyens

La contestation du CPE, une occasion à saisir pour se poser la question des réformes en France

La réforme des contrats de travail, à travers l’essai de mise en place à marche forcée par le premier ministre du CNE, puis du CPE, illustre les dérives du processus de l’action politique en France. Il faut malheureusement constater que le monde politique a accumulé presque toutes les erreurs qui rendent une réforme insupportable : pas de consultation préalable des intéressés et des forces syndicales et patronales, pas de vrai débat politique au parlement pour mieux faire comprendre les enjeux et pour améliorer les textes, pas d’inscription des mesures présentées dans une stratégie cohérente à la fois de lutte contre le chômage et d’amélioration des performances de notre économie, pas de prise en compte des inégalités entre générations et de la dégradation des perspectives pour les jeunes, oubli de l’importance d’instaurer une égale dignité entre le jeune et son patron dans tout contrat de travail.

Au moment où se profilent des échéances électorales importantes pour une France déboussolée, le gâchis du CPE doit nous conduire à se poser la question de la façon de réaliser les futures réformes indispensables dans notre pays. Partant du livre de Nicolas TENZER « France : la réforme impossible ? », paru en 2004 chez FLAMMARION, ceux qui nous gouvernent pourraient méditer sur les points à maîtriser pour préparer, concevoir et gérer des réformes en France.

Au delà du nécessaire recyclage de ceux qui veulent nous gouverner, il s’agit de promouvoir une autre vision de l’action politique, basée sur l’acceptation des remises en cause, la recherche de plus de la justice et la prise courageuse de responsabilité.

Ainsi la réforme parait trop souvent concerner les mêmes catégories à qui on demande des efforts alors que des groupes entiers de privilégiés se protègent de toute remise en cause. Quand les rentiers et les défenseurs d’avantages acquis qui ne sont plus justifiés accepteront-ils de redéfinir des modalités plus équitables de rétribution des efforts ?

Une société qui apparait injuste à un nombre grandissant de citoyens devient conflictuelle et querelleuse. Tout le monde ne peut gagner dans une réforme, mais par contre la société se porte mieux si les réformes apportent plus de justice. Quand sera-t-on capable de présenter un ensemble de réformes, avec ce que chacun y gagne et y perd à terme et ce que la communauté nationale y gagne ?

Trop d’hommes politiques ne sont pas de vrais responsables, repoussant la prise en charge des problèmes annoncés, avec des arguments du type « il ne faut pas exagérer, » ou ne les traitant pas à fond, avec la peur que la réforme soit mal supportée. Quand seront-ils capables d’inscrire leur action dans le cadre d’une vision stratégique leur permettant de prévenir les problèmes plutôt que de chercher à les guérir en endettant les français ?

Devant tant d’amateurisme, de manque de courage et de méconnaissance de la société française d’une grande part de nos élites politiques, citons quelques unes des diverses voies à explorer pour réussir les réformes dont la France a besoin :

  • recentrer notre système éducatif autour de la capacité de comprendre le monde qui nous entoure, de penser de façon autonome pour dépasser le conformisme ambiant et de travailler dans la confiance, en équipe, pour faire face aux problèmes de nos sociétés ;
  • prendre à bras le corps le problème de l’intégration non seulement des immigrés, mais aussi des français qui se sentent rejetés, en approfondissant d’abord ce que sera demain notre identité nationale, en revoyant le rôle de l’école, en mettant en place un service civil ;
  • relancer l’ambition européenne pour inscrire un projet national dans une entité qui pèse et qui nous aide à dépasser nos frilosités pour nous confronter aux enjeux internationaux ;
  • exiger de l’opposition de préparer des gouvernements d’alternance (type « shadow cabinet ») présentant un programme cohérent et désignant des responsables qui connaitront leurs dossiers quand ils arrivent aux responsabilités ;
  • revoir nos institutions pour qu’elles allient la capacité d’agir et la vertu démocratique, d’où par exemple la suppression de la diarchie à la tête de l’Etat pour avoir un président responsable ;
  • favoriser le passage des hauts fonctionnaires, entre une administration qu’il faut désembouteiller, des fondations qu’il faut renforcer, l’enseignement, le privé, les organisations non gouvernementales, et ainsi favoriser la circulation d’idées entre sphère politico-administrative et société civile ;
  • réformer l’ENA pour que chaque fonctionnaire occupe au départ pendant plusieurs années des postes de responsabilité sur le terrain lui permettant de se confronter aux difficiles réalités de notre société.

Méditons cette pensée de Sénèque pour nous donner le courage de nous remettre en cause et d’agir pour mieux vivre ensemble : « ce n’est pas parce que les choses difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Reste à oser pour non seulement réaliser nos ambitions, mais aussi pour mettre en œuvre des ambitions collectives qui donnent sens à nos sociétés et à notre démocratie.

La dynamique des droits humains : un outil au service du pacte civique ?

Guy Aurenche est avocat, président d’honneur de la Fédération Internationale de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). Il est également président de l’association des Amis de l’hebdomadaire La Vie.

L’outil que représentent les textes juridiques nationaux et internationaux au sujet des droits humains, les multiples instances locales ou mondiales créées pour leur mise en œuvre, la naissance d’une fragile « société civile » à leur service, cet ensemble qui constitue la Dynamique des droits de l’Homme [1] a d’abord une vocation protestataire - un cri pour la survie - mais elle ne s’arrête pas là .
Non les droits humains ne servent pas seulement à éteindre une flamme aussi faussement olympique soit elle. Ils n’ont aucune prétention à trouver une solution aux problèmes de la société française comme à ceux de la planète.
Non les droits humains ne sont pas une nouvelle philosophie ni même une morale universelle qui s’imposerait à tous.
Oui les droits humains contribuent à repérer, ensemble, ce qui est aujourd’hui inacceptable.
Ils reposent sur une démarche commune (même si son contenu est parfois ambigu) : « l’acte de foi, de tous les peuples, en la valeur et la dignité de la personne humaine » [2].
Oui les droits humains engagent juridiquement (comme un contrat) les états signataires et tous les acteurs de la société. Ils doivent s’incarner dans les décisions politiques, économiques, pédagogiques… prises par nos sociétés, ainsi que dans les comportements individuels.

Et le Pacte civique ?

La dynamique des droits de l’homme ne nous dictera pas son contenu, mais elle peut aider à sa confection. Tout spécialement si l’on accepte de définir le pacte civique comme un acte pouvant donner « du sens au vivre et au vivre ensemble dans le respect d’une laïcité d’ouverture et de dialogue… Le Pacte civique contribuera à renforcer l’implication de chacun au service de chacun et de tous, et à créer une dynamique collective permettant de construire ensemble. »Le pacte incite à l’élaboration et l’acceptation d’une éthique du débat« et invite »les démocraties à se laisser interpeller par les valeurs spirituelles" [3]. Le pacte civique pourra prendre la forme d’un texte citoyen très général ou celle de pactes locaux ou de pactes thématiques répondant à des besoins précis que les partenaires s’engagent à satisfaire, ensemble.

La référence aux droits de l’homme (qui peuvent être assimilés à des pactes nationaux ou internationaux que les communautés signent) peut être utile lors des diverses phases de l’élaboration du (des ) pacte(s) civique(s) :

  1. reconnaître une responsabilité commune.
    Cette reconnaissance peut provenir d’une analyse identique de la gravité de la situation. La référence aux droits humains aidera à dépasser les divergences d’analyse . Même sans accord idéologique,elle justifie une démarche commune (par exemple un pacte civique) par le seul fait que nous avons tous signé les principaux textes de droits humains qui exigent au moins de dénoncer ,ensemble,« la barbarie » ou le caractère inacceptable de la situation .
    Les textes cosignés vont plus loin puisqu’ils imposent une démarche commune pour remédier aux difficultés dénoncées. La règle du contrat nous invite à « se mettre ensemble », même si l’accord ne se fait pas sur tous les aspects de la réflexion. La démarche du Pacte est alors fondée sur la parole donnée à propos des textes généraux relatifs aux droits de l’homme. Oui ou non nous sentons nous coresponsables de la survie et de l’espérance ? Sommes-nous prêts à incarner cet engagement dans des pactes plus opérationnels ?
  2. Une fois « ensemble » il faut progresser pour élaborer le Pacte.
    Les droits de l’homme appellent alors à exprimer ensemble la conviction minimale de la dignité de la personne et de sa liberté fondamentale. Pour construire un Pacte encore faut-il se reconnaître « membre de la même famille humaine ». À ce stade également les approches philosophiques, religieuses, culturelles peuvent être très diverses Ensemble sommes nous prêts à dire oui à la Dignité de chaque personne ? Le Pacte a alors un premier fondement.
  3. Il faut ensuite lui donner un contenu.
    La dynamique des droits de l’homme, reposant sur la reconnaissance de la richesse de chacun pour construire la vie de tous, impose la création de lieux de concertation multiculturelle (ou multiopinions). Ces lieux permettront l’expression des diversités. Cette rencontre n’est pas un généreux gadget mais une exigence qui fonde la discussion sur une totale égalité. Sans création de ce type de lieux d’échanges interculturels, le ou les pactes ne pourront jamais voir le jour. Alors apparaîtront des oppositions car ce qui semble futile aux uns est fondamental pour d’autres. Les demandes seront passées au crible de la dignité de chacun et du bien de tous. En effet la dynamique des droits humains ne se limite pas à un catalogue revendicatif de droits individuels. Elle met ceux-ci en tension avec l’avenir du groupe. Les échanges permettront aussi, sans a priori idéologique, de repérer les enjeux qui se cachent derrière les revendications divergentes. Ainsi la référence à la coutume, à la tradition n’est-elle pas écartée mais elle va être appréciée à la lumière du respect effectif de la dignité . Il faudra s’interroger : la pratique habituelle revendiquée par une personne ou un groupe, est-elle aujourd’hui source de davantage de dignité pour la personne et pour le groupe ? Alors, ce qui est superflu apparaît. Il ne devient pas dérisoire mais ne sera pas l’objet du pacte qui, lui, exprimera ce qui est considéré, ensemble, comme essentiel.
  4. Vient le temps de la décision.
    Faut-il ou non décider dans telle direction ? Parce que les droits de l’homme doivent trouver une application concrète, ils supposent la création de « lieux », d’instances où l’on va trancher. La composition de ces instances doit le plus possible refléter la variété des approches. En tous cas, mandat va être donné à quelques-uns pour qu’ils décident. Cela est fondamental dans un monde si pluriel qu’il ne sait plus décider pour l’ensemble du groupe. Comment espérer formuler un/des pactes si de tels organes de décision ne sont pas crées, d’un commun accord. Cela a pour nom : la pratique démocratique, avec toutes ses exigences. De tels organes pourront être une commission de « sages » repérés dans les groupes. Une commission de mise en œuvre. Un comité de suivi et d’évaluation. Parfois une instance ayant le pouvoir (confié par tous) de dire ce qui est juste ou ne l’est pas.
  5. Une autre spécificité de la dynamique des droits humains : le contrôle extérieur.
    Le danger serait en effet que chaque groupe local se « mijote » un joli petit pacte, bien adapté aux exigences locales mais pouvant être en contradiction avec des exigences internationales, ou simplement des références générales énoncées par les droits humains. Ainsi existe-t-il sûrement une manière chinoise, française, cubaine, d’exercer la Justice mais cette manière de faire va être contrôlée par des organes extérieurs. Ceci non pas au nom d’un impérialisme ni d’une ingérence anormale. Simplement au nom de la coresponsabilité que nous avons créée en signant le même texte. C’est pourquoi des pactes locaux ou très spécialisés sont nécessaires, mais ils devront accepter le regard extérieur de ceux et celles qui ne sont pas directement intéressés par le pacte mais qui font partie de la démarche commune du bien vivre ensemble.
  6. Tout au long de ces diverses étapes d’élaboration d’un pacte, les droits humains ont fourni une référence minimale acceptée par tous puisque cosignée par tous
    (même si la signature est pleine d’arrière-pensées).

Cela permet de ne pas rester bloqués par une opposition culturelle, philosophique, religieuse ou autre. Pourtant, la référence aux droits de l’homme ne supprime en rien le débat entre les cultures et les convictions les plus divergentes. Bien au contraire, ce débat est favorisé.
Tous les états , ou sur le plan national tous les groupes acceptent la référence à la dignité humaine et aux textes qui l’expriment. Encore faut-il savoir ce que chacun met sous le mot communément accepté. Dis moi ce que tu mets sous le concept de « dignité », d’autorité, de justice, de niveau de vie suffisant, de liberté de croire… etc. Parce qu’il nous faut dans la pratique, par exemple à l’occasion de l’élaboration d’un pacte civique, donner du contenu à un mot, nous avons à nous expliquer sur ce mot. Le dialogue va alors se développer non à partir d’un à priori idéologique qui souvent nous sépare, mais à partir du mot, de la valeur, qu’ensemble nous avons promis de faire vivre.
Le pacte du bien vivre ensemble, loin d’être un piètre dénominateur commun minimal se chargera peu à peu de nombreuses richesses et pourra se parfaire au fur et à mesure que le dialogue s’approfondira.

[1] Guy Aurenche. La dynamique des droits de l’homme. Ed DDB, Paris

[2] Déclaration universelle des droits de l’homme. ONU, 10 déc. 1948

[3] Texte élaboré le 19 nov. 2007

La vérité n’est pas négociable

Article paru dans le numéro du 5 février 2009 de la Vie, après avoir signé « l’appel des intellectuels catholiques » lancé par le magazine, intitulé « Pas de négationnistes dans l’Eglise ».

A tort ou à raison, j’ai peu de propension à intervenir dans les débats internes de l’Eglise en tant qu’institution ; ce qui est essentiel pour moi, c’est la recherche intellectuelle et spirituelle, la lecture régulière et la pratique, si difficile, de l’Evangile, la participation régulière au culte, trop négligée à mon avis, l’ouverture aux autres spiritualités qui nous en apprennent tant sur nous-mêmes, les pratiques démocratiques concrètes de solidarité.

Si, néanmoins, j’ai signé sans hésitation cet Appel de la vie, ce n’est pas seulement par solidarité avec ceux de mes amis qui ne peuvent être que profondément atteints par des propos négationnistes indirectement réhabilités ; c’est aussi parce que je pense, malgré le relativisme ambiant, que le statut de la vérité n’est pas négociable. C’est la vérité qui rend libre, proclame le Christ ; à la fin de sa vie, Gandhi disait que la vérité, c’est Dieu lui-même. J’adhère profondément à cet axiome : Il ne peut y avoir le moindre écart entre la Vérité et Dieu. Certes, la vérité de Dieu est incomparablement plus large que les vérités partielles auxquelles nous parvenons à accéder ; mais ces dernières constituent le marchepied de cette vérité totale à laquelle nous sommes appelés ; à ce titre, elles doivent être considérées avec un infini respect. Nier la volonté planifiée d’extermination des juifs par les nazis, nier les chambres à gaz et les camps de la mort, dont nous avons tant de témoignages, c’est refuser de voir une réalité dramatique dont nous ne pouvons ni ne devons faire l’impasse. C’est refuser la nécessaire recherche de l’image de Dieu après Auschwitz. C’est s’abstraire de la communion dans la quête de la vérité et du sens qui seule peut et doit nous rassembler dans une Eglise aimante agissant elle-même dans une démocratie vivante.

Tout homme est une histoire sacrée : les droits humains au secours de la transcendance

Il est des mots difficiles à utiliser dans la société française, laïque au point de croire que la référence à la transcendance ou au sacré, constituerait une intolérable trahison de l’incontournable posture républicaine et antireligieuse.